|
L’Egypte a connu globalement un véritable échec à la contestation…on s’attendait à une vraie révolution mais seulement quelques égyptiens sont descendus dans la rue. On aurait pu croire que nous sommes en pleine période de ramadan… Pas d’embouteillage, peu de personnes dans les rues, des magasins fermés… Photo MG (LPJ)
Et bien non, nous étions le 6 avril 2008, jour qui devait normalement entrer dans l’histoire ! La flambée des prix, la pénurie de pain subventionné mais aussi le chômage, l’état d’urgence et les promesses du gouvernement non tenues étaient semble-t-il de bonnes raisons pour protester. Malgré un appel général à la grève via Internet et sms, nombreux sont les égyptiens qui sont restés passif… Il faut dire que la répression policière y a été pour beaucoup. Préparées comme si elles devaient faire face à une véritable révolution, les forces de l’ordre égyptienne équipées de tout leur attirail (casques, matraques, bottes…) ont quasiment occupée la ville. 250 personnes ont été interpellées, une centaine de personnes blessées. Dans l’usine Mahallah, prés de 3000 ouvriers ont manifesté contre la hausse des prix et la police s’est servie de gaz lacrymogène contre eux. Le groupe facebook appelé "6 avril" qui compte un peu plus de 64 000 membres avait vivement appelé le peuple égyptien à protester par tous les moyens. Esraa Adel Fattah, créatrice du groupe a été arrêtée ainsi que trois bloggeurs Mohammed Charkaoui, Mohamed Al Achkal et Malak Mostapha. Parmi les différentes interpellations, on compte des membres du parti libéral Ghad, du parti nassérien, du mouvement Kefaya, dont le journaliste islamiste, Mohammed Abdel Qoddous, et du groupuscule islamiste Amal. Les Frères musulmans, principale force d'opposition en Egypte ont préféré rester à l'écart de la grève (les municipales étant mardi). Le ministère de l’Intérieur avait avertit qu’il prendrait des "mesures immédiates et fermes" contre toute personne qui manifesterait ou suivrait un ordre de grève, fustigeant les "provocateurs". Cela explique donc que sur les 80 millions d’habitants en Egypte, très peu sont les personnes qui ont osé protester par crainte de représailles. « Les étudiants se mobilisent chez eux. » Après un appel au peuple égyptien « à rester à la maison », nombreux ont été les partisans d’une grève que l’on pourrait appeler casanière. Les étudiants, en général, n’ont pas été pris d’un élan très révolutionnaire. Photo MG (LPJ) Seuls 400 étudiants ont manifesté devant l’Université d’Helwan. Pour Brandon, étudiant à l’Université Américaine du Caire (AUC) où des cours ont été suspendus, « le meilleur moyen de protester c’est de passer par le boycottage ! » Ce jeune étudiant de 20 ans s’est défendu d’acheter le moindre produit taxé durant cette journée. Après une interdiction à faire grève soutenue par les professeurs de l’AUC, il a décidé simplement de se réunir avec d’autres étudiants dans un appartement. « On aurait vraiment voulu manifester pour montrer notre solidarité envers le peuple égyptien mais j’avoue que nous ne sommes pas dans un pays où l’on peut aisément protester. On nous a menacé d’avoir de gros problèmes si nous descendions dans les rues…voilà pourquoi les étudiants se mobilisent chez eux » a soutenu Carole. Sameh, un jeune franco-égyptien résidant à Paris s’est dit très déçu : « Rien ne pourra évoluer dans ce pays si on ne fait pas nous même avancer les choses, l’avenir de l’Egypte est entre les mains des jeunes…Je suis vraiment triste de la tournure qu’à pris cette grève… C’est sur que l’on est encore loin de la jeunesse révolutionnaire de mai 68… »
M M (www.lepetitjournal.com - Le Caire) mardi 8 avril 2008 Gros plan sur une arrestation : 6 avril 2008, la grève générale que tout le monde attendait a connu comme à l’habitude son lot d’arrestations. Le gouvernement avait prévenu que toute protestation sera réprimée et que le dispositif policier serait très important. Aux environs de 13h, le Centre-ville du Caire dépeuplé, on est loin de la cohue qui embouteille cette partie de la ville quotidiennement. Des bataillons de policiers anti-émeutes sont en place tout autour de la place Tahrir et de la place Talat Harb. Photo M. Mrini (LPJ) Tout à coup, à l’angle de la place Tahrir et de la rue Talat Harb, des cris retentissent, on entend « Kefaya… » (il s’agit soit du mot « Stop ! », soit du nom du mouvement d’opposition). Les cris viennent d’une camionette de police de couleur bleu, des gens enfermés dedans secouent et frappent l’intérieur du véhicule. Quelques secondes plus tard, une femme d’une cinquantaine d’années et emmené de force dans la camionette, puis deux autres personnes sont arrêtées. C’est à cet instant-là que des hommes en civil encerclent et poussent agressivement nos trois journalistes et empêchent la prise de toute photo de cette arrestation. Les magasins alentours dont Omar Effendi ferment leurs rideaux de fers immédiatement. Ces hommes n’ont aucune légitimité officielle et ont été aperçus plus tard en train de recevoir des ordres de la police elle-même, ordres qui consistent vraisemblablement à éloigner les témoins de toutes actions répressives.
M G (www.lepetitjournal.com - Le Caire) mardi 8 avril 2008 |