|
JUSTICE - Enfant volée de la dictature, elle fait condamner ses parents "adoptifs" |
|
|
lundi 07 avril 2008 |
Maria Eugenia Sampallo Barragan a fait condamner ses supposés parents à 7 et 8 ans de prison. Elle avait été recueillie à l'âge de deux mois par le couple Gomez-Rivas. A 23 ans, elle a découvert qu'elle était, en réalité, une fille de "disparus"
Maria Eugenia et la photo de sa mère disparue (photo LPJ)
La justice vient de condamner ses parents usurpateurs mais María Eugenia se sent "un peu coupable". Cette jeune femme, âgée de trente ans, est le premier bébé volé de la dictature à poursuivre en justice la famille qui l’a élevée. Vendredi, le tribunal a condamné Osvaldo Rivas à huit ans de prison et son ex-épouse Cristina Gomez Pinto à sept ans pour séquestration de mineur. Le militaire qui avait remis l’enfant à la famille écope, lui, de dix ans. L’avocat de la jeune femme a fait savoir que ce jugement lui convenait : "C’est un succès de voir les trois accusés condamnés". Néanmoins Maria Eugenia réclamait contre ceux qu’elle n’appelle que par leur nom de famille, le maximum, 25 ans de rétention. "Pour mes usurpateurs, je ne ressens aucun sentiment, juste un peu de culpabilité, expliquait Maria Eugenia à la presse quelques jours avant le verdict, c’est là où se situe la perversité de cette relation où ils jouent le rôle de sauveurs".
"Les larmes nous en avons eu assez" En 1979, trois après le début de la dictature militaire, le couple Rivas-Gomez recueille une enfant. A l’âge de sept ans, alertés par les rumeurs du voisinage, ses supposés parents lui révèlent qu’elle a été adoptée. Mais les versions sur ses véritables origines changent au fil des années. Elle serait la fille d’une femme de ménage désargentée, puis d’une hôtesse de l’air espagnole ou encore un bébé retrouvé à l’hôpital militaire. Petit à petit, les relations se dégradent sur fond de séparation du couple. "Je t’ai élevée dans des draps de soie, si ce n’était pas grâce à moi, tu aurais terminé dans un fossé", lui répète Cristina qui l’envoie sans ménagement chez son père… qui la redépose chez sa marâtre. En 1989, alertée par des voisins, l’association des Abuelas de la Plaza de Mayo réclame que la jeune fille passe un test ADN. Mais aucune filiation n’est établie avec l’un des 30.000 disparus de la dictature. A 17 ans, Maria Eugenia quitte le foyer. Elle ne prend, avec elle, aucune photo : "Je préférais ne garder aucun souvenir". Sur les conseils de son avocat, la jeune femme repasse un test ADN à 23 ans. Cette fois-ci, on retrouve sa filiation. Maria Eugenia fait connaissance avec sa véritable famille : ses grands-parents et un demi-frère. En 2004, elle entame une procédure judiciaire en son nom. "Sur mon histoire personnelle je n’ai rien de plus à dire, explique la jeune femme, ils ne contribuent en rien à la procédure judiciaire, Le temps est à la réflexion, plus qu’aux larmes. Les larmes, nous en avons eu assez". Maria Eugenia est l’un des 88 bébés retrouvés par les Abuelas de Plaza de Mayo. L’association estime que 500 enfants, nés en captivité, auraient été placés dans des familles, connaissant généralement la véritable origine des bébés. Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) lundi 7 avril 2008 |