| Ecrit par BUDAPEST,
le 03-04-2008 23:00
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Le prix Nicole Bagarry-Karatson a pour objectif d'encourager la traduction en français d'œuvres littéraires composées en langue hongroise. Le prix 2007 a été attribué à Clara Royer pour sa traduction de Miséricorde, un recueil de nouvelles de Kàroly Pap publié aux Éditions du Rocher dans le courant de l'année LPJ - Pourquoi avez-vous choisi de traduire ce recueil de nouvelles en particulier ? Comment se situe-t-il dans l'œuvre de Kàroly Pap ? Clara Royer - Miséricorde est le seul recueil de nouvelles composé et publié du vivant de Károly Pap (1898-1944), en 1937, à partir de nouvelles pour la plupart déjà parues dans la presse de l'époque comme la prestigieuse revue littéraire Nyugat [Occident]. La première nouvelle qui a donné son titre au recueil, "Miséricorde", retrace l'histoire de la première rencontre entre le petit garçon Gyuri Azarel et son grand-père, un Juif orthodoxe traditionnel, figure de Moïse terrifiante pour un garçon élevé dans un cercle familial assimilé.
LPJ - Comment concevez-vous votre travail de traduction, quels rapports entretenez-vous avec le hongrois ? C.R. - Apprendre le hongrois était un rêve d'enfant : parler la langue de mes aïeules, et plus particulièrement de la femme qui décida de devenir française il y a presque un siècle et qui, par ce choix, préserva notre famille de la Shoah hongroise. Je me suis lancée dans ce projet à 20 ans après m'être enthousiasmée pour quelques textes traduits en français comme les romans de Sándor Márai et de Dezs? Kosztolányi. J'avais la chance d'être à l'Ecole Normale Supérieure qui organisait des échanges universitaires entre pays et j'ai bénéficié d'un séjour en 2003 à Budapest au Collegium Eötvös.
LPJ - Quels problèmes avez-vous rencontrés avec la traduction du recueil de nouvelles de Kàroly Pap ? Quelles sont pour vous, dans ce travail de traduction, la part d'interprétation et la part d'adaptation ? C.R. - La langue de Pap est d'un laconisme parfois aveuglant. Il a fallu trouver un équilibre entre la traduction française et ce qui était parfois fulgurance de l'expression hongroise. Au risque de vous choquer, j'essaie toujours d'"adapter" le moins possible : adapter, c'est prendre le parti de réécrire, et donc de trahir. J'essaie de respecter le style de l'auteur, qui n'est pas le mien. Et lorsqu'un mot nécessite une sur-traduction, je me fonde sur ma connaissance de l'œuvre entière de Pap, que je connais bien pour l'analyser dans ma thèse. Pourtant, il y a eu une adaptation que je n'ai pu éviter : celle des mots ressortissant au lexique de la religion juive. Les mots "synagogue", "rabbin", "hébreu", "chantre" (etc.) avaient connu un processus d'assimilation linguistique dans le vocabulaire chrétien. Lorsque l'on va à la synagogue, on va au "temple"
LPJ - Quels sont vos projets de traduction ? C.R. - Mes projets à court terme sont de faire découvrir des écrivains dont je connais d'autant mieux l'œuvre que je l'ai analysée dans mon travail de thèse. Il y a trois auteurs que j'aimerais traduire en priorité, le premier est Andor Endre Gelléri (1906-1945) qui a laissé des nouvelles et un récit autobiographique inachevé (il est mort du typhus une semaine après avoir été libéré du camp) d'une très grande qualité esthétique. Le second est Ben? Karácsony (1888-1944), un auteur hongrois transylvain, qui a écrit notamment un roman génial, plein de jeux de mots, qui fait songer tantôt à Céline, tantôt à Salinger. Le troisième projet est la traduction de L'Odeur humaine d'Ernö Szép, il s'agit de son témoignage de survivant de la Shoah. Propos recueillis par Franck Fontaine (www.lepetitjournal.com) vendredi 4 avril 2008 Retrouver l'intégralité de cette interview sur http://lpj-budapest.libcast.com/ Lire aussi l'interview originelle de Clara Royer sur le site www.magyarophil.org
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