Diplômé de l’Ecole de cinéma Louis Lumière de Paris, le réalisateur et scénariste, Gonzalo Justiniano, directeur pédagogique de l’école de cinéma de l’Uniacc depuis 4 ans, vient de diriger Lokas avec Coco Legrand. Son film sort après demain sur grand écran (voir article jeudi 3 avril)
Gonzalo Justiniano à la veille de la sortie de Lokas (Photo DR)
Ces temps-ci, Gonzalo Justiniano enrage un peu contre la censure chilienne qui a interdit son film au moins de 14 ans, en raison de son thème, l’homosexualité : "Alors que justement, l’un des fil conducteur de Lokas, (sorti le 3 avril), est un enfant de 11 ans qui accepte tout naturellement, la vie amoureuse de son grand-père", commente le cinéaste. C’est pour fuir un Chili qui menait la vie dure aux jeunes, qu’en 1976, tout jeune réalisateur de films de pub, il quitte son pays. Cap sur l’Angleterre d’abord, avec l’idée d’étudier le cinéma, destination vite remplacée par Paris, la ville lumière, toute indiquée pour y apprendre le métier de cinéaste. Et justement, après des cours de français et un passage par la fac de Vincennes, il tente et réussit le concours de l’Ecole Louis Lumière. La prestigieuse école, alors située du côté de la Contrescarpe (Vème arrondissement), admet 12 élèves par an à l’issue d’une sélection pointue et d’entretiens serrés. L'école parisienne est fin stratège en admettant Gonzalo Justiniano qui sera, à sa sortie, l’un des premiers à filmer, d’abord pour la télévision française, un Chili bouleversé par 10 ans de dictature.
Expulsé A Santiago, à l'époque, ses films agacent. Deux documentaires plus tard, le voici expulsé, son matériel saisi…Il y revient cependant au bout de quelques mois, conscient que c’est dans son pays qu’il doit exercer son métier de "montreur". Commence alors sa vie de réalisateur de fiction avec en 1984 Les enfants de la guerre froide , une co-production franco-chilienne qui vaudra des menaces au distributeur à Santiago qui retire rapidement le film de l’affiche. Dix films plus tard, dont le très applaudi B-Happy, Gonzalo Justiniano, qui aujourd’hui avec Lokas donne son premier rôle au comique Coco Legrand, précise que les tabous sont tenaces : "C’est difficile encore aujourd’hui au Chili, d’être homosexuel. J’ai connu à Paris des Chiliens gay qui vivaient un véritable exil sexuel", précise ce père de quatre adolescents. Ennemi des "discours", il prétend s’appuyer sur le talent de ses acteurs pour interpeller les spectateurs, avec humour. Ses modèles de réalisateurs ? Maurice Pialat ou Jean-Luc Godard. "En dehors de la pratique et de la théorie de l’école, Paris même, dit-il, a été une grande école de cinéma. Avec tous les films à voir, les émissions de télé, les journaux, les débats." Sophie ROUCHON. (www.lepetitjournal.com - Santiago) mercredi 2 avril 2008 Voir jeudi 3 avril notre article sur Lokas