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BD - Le silencieux exil de Shaun Tan |
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| Ecrit par Jean-Marc Jacob,
le 02-04-2008 23:00
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Le dessinateur australien Shaun Tan raconte l'exil universel de ceux qui cherchent une vie meilleure dans Là où vont nos pères, un magnifique album muet, en noir et blanc, entre rêve et naturalisme. Le dernier festival d'Angoulême a su couronner sa beauté
Ce qui frappe d'emblée en découvrant Là où vont nos pères, c'est la force plastique de l'objet, édité par Dargaud dans la collection Long courrier. En feuilletant, on découvre une alternance de dessins pleine page, de cases-tableaux fouillées et de petites vignettes carrées et régulières. Chaque image est traitée avec une immense délicatesse, dans un faux noir et blanc sépia de carte postale passée. Pas un mot, pas un phylactère, pas une indication ne viennent rompre le silence total qui empli ces pages et confère à l'album son aspect recueilli et sa part de mystère. Lire un livre ample et sans texte n'est pas une expérience courante. Le genre est souvent réservé à de brefs gags visuels. Pourtant Là où vont nos pères est un véritable roman graphique, au contenu profond et ambitieux.
Un rêve d'ailleurs, un ailleurs rêvé L'album raconte l'exil. Un homme quitte sa famille et son environnement modeste et ordinaire pour embarquer sur un de ces paquebots à émigrés que nous a légué l'Histoire. Le réalisme précis des premières planches évoque un départ vers l'Amérique au début du siècle dernier. La terre où il arrive est pourtant plus étrange, plus métaphorique. Entre les buildings recouverts d'un impénétrable alphabet inconnu circulent d'étranges créatures, de curieux animaux de compagnie ou de petits monstres bienveillants. Dans cet ailleurs absolu, il faut trouver un logement, du travail, de l'argent à envoyer au pays. Il faut tenter de saisir les mécanismes d'un monde différent. De chapitre en chapitre, l'homme rencontre d'autres exilés qui lui racontent leur propre histoire, leur propre survie dans ce pays onirique où il serait possible de trouver sa place. En abordant ce thème universel dans le silence, l'Australien Shaun Tan colle à son sujet, force notre attention et abolit les frontières. Son travail, long -plus de quatre ans- et exigeant fait merveille. Là où vont nos pères est ce qu'une bande dessinée sait être de mieux : une véritable oeuvre d'art. Le jury du dernier Festival d'Angoulême ne s'y est pas trompé en lui décernant le Prix du meilleur album. Jean-Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) jeudi 3 avril 2008
Là où vont nos pères, de Shaun Tan (Dargaud) 120 pages, 15 euros.
En savoir plus Lire de la page 1 à la page 6 Interview de l'auteur Shaun Tan Site internet officiel de Shaun Tan
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