Le monde agricole argentin démarre aujourd'hui sa troisième semaine de grève. Aucune marchandise ne circule sur les routes. La pénurie devient de plus en plus menaçante mais ni les agriculteurs ni le gouvernement ne semblent vouloir céder
Le monde agricole argentin démarre aujourd'hui sa troisième semaine de
grève. Aucune marchandise ne circule sur les routes. La pénurie devient
de plus en plus menaçante mais, ni les agriculteurs, ni le gouvernement
ne semblent vouloir céder
La viande pourrait manquer ces prochains jours si aucune solution n'est trouvée ( photo www.photo-gratis.com)
Alors que les marchandises
commencent à manquer dans les étals de province et de la capitale, Cristina Kirchner reste ferme sur la décision prise de réformer le système des retenciones (impôt prélevé sur les exportations de certains produits agricoles). Le bras de fer du gouvernement et des agriculteurs, sur fond de pénurie, s’annonce serré. Les citoyens de la capitale ont organisé, hier soir, des concerts de casseroles pour soutenir le mouvement agricole. Voici les principaux enjeux du conflit.
Du côté des agriculteurs. "S’ils veulent la guerre, ils auront la guerre",
ont averti, hier, les dirigeants de la fédération agraire argentine (FAA), syndicat
qui réunit près de 100.000 producteurs argentins. Le monde agricole, plutôt
à droite en Argentine, n'a jamais aimé les Kirchner. Aujourd'hui les hostilités sont franchement ouvertes. Le 11 mars dernier, le ministre de l'économie propose
d'annexer les rétentions aux prix des commodities sur le marché international. Conséquence de la réforme : les rétentions sur le soja augmenteraient subitement de 35% à 44%. Or le soja est
la principale culture du pays. En effet, en Argentine près de 16 millions d'hectares
y sont consacrés contre cinq à six millions pour le blé. Les Kirchner ont-ils cette fois-ci trop tiré sur la ficelle ? Les quatre syndicats agricoles se sont exceptionnellement
réunis pour lutter contre cette réforme. Aucune marchandise n'est livrée dans le pays.
Des camions ont dû déverser leurs produits pour pouvoir franchir les barrages
installés à 30 endroits critiques, notamment sur la route 14 où se croisent les
marchandises de l’Argentine et des pays voisins. Les agriculteurs réclament le retrait de la réforme.
Le gouvernement
Cristina Kirchner a célébré mardi dernier les 100
premiers jours de son gouvernement. Elle affronte la première grosse crise
depuis son élection. Pour contenir les prix du marché intérieur, pour enrayer
les risques de la mono-culture de soja mais aussi pour garnir le portefeuille
de l’Etat de liquidités, le gouvernement a décidé d’imposer sa réforme de taxe
flottante, indexée sur les prix du marché international. "Aujourd'hui, nous assistons aux grèves de l'abondance, a déclaré hier Cristina Fernández. L'agriculture a été le secteur le plus profitable depuis 2001". Cristina Kirchner veut, avant toute négociation, la levée
des barrages routiers. La présidente mise sur l'usure du mouvement. Néanmoins, plusieurs
pistes de négociation ont été évoquées comme celle d’une pause de plusieurs
mois avant la mise en place de la réforme ou encore une meilleure distribution
de l’impôt vers les provinces. Mais pour l’instant, la situation semble bloquée.
Du côté des camionneurs
Ce week-end, Hugo Moyano, le charismatique et polémique leader du syndicat
des camionneurs et de la CGT,
déclarait vouloir forcer les barrages. Lundi, il organisait avec plusieurs
membres un contre-barrage, empêchant les agriculteurs de s’installer. Jusqu’où
le syndicaliste peut-il aller ? Hugo Moyano, qui fêtait, début mars, son
vingtième anniversaire à la tête du syndicat en présence des époux Kirchner, tente
de peser sur le mouvement. Sans succès pour l’instant : le leader de la CGT cherche des appuis au sein
des syndicats affiliés mais ceux-ci restent timides. C’est donc autour d’une table que le gouvernement va
devoir négocier. Caroline BEHAGUE. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 26 mars 2008
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