| Ecrit par Jean-Pierre Sovannavong,
le 26-03-2008 00:00
|
|
Les observateurs de la
scène politique cambodgienne sont habitués au phénomène, à l’approche de chaque
scrutin les désistements et ralliements se multiplient d’un parti à l’autre. Cette
année toutefois ces défections ont pris une ampleur inattendue et visent plus
particulièrement le PSR. Analyse. 
La pratique existe en France, et le président Nicolas Sarkozy avec son gouvernement d’ouverture aura poussé loin l’art du débauchage politique. Plus près de nous, la Thaïlande est connue pour ses factions politiques, qui regroupant plusieurs dizaines de politiciens passent volontiers d’un camp à l’autre le temps d’une élection. Au Cambodge il fut un temps où le Parti du Peuple Cambodgien encourageait discrètement les dissidences au sein de son opposition. Le Funcinpec, alors première formation du pays, était la première cible de ses manoeuvres, mais qui se souvient aujourd’hui des Partis Reastr Niyum, Sangkum Thmey, ou encore Union Nationale et de leurs dirigeants ? Le Parti de la Nation Khmère, ancêtre du PSR, a du lui aussi faire face à plusieurs dissidences, dont l’une a provoqué son changement de dénomination. D’autres exemples ont suivi, et un parti comme le PLDB, qui comptait pourtant 10 députés en 1993, a complètement disparu de la scène politique en 1998 suite au morcellement de son électorat.
Les mouvements de personnalités d’un parti à l’autre étaient alors fréquents mais elles concernaient l’ensemble de l’échiquier politique. Ainsi des dissidents du PPC, comme Ung Phan ou encore Sin Pin Sen, choisissaient de rejoindre le FUN alors que des responsables de celui ralliaient Sam Rainsy. Cette situation subsiste, puisqu’il y a peu le général Kieng Vang et d’autres ont choisi de quitter le PSR pour le FUN, certains ont fait le chemin inverse à l’exemple de l’ancienne ministre à la condition féminine Mu Sochua. Plus encore les mouvements entre les deux frères ennemis du FUN et du Parti Norodom Ranariddh se sont multipliés, laissant finalement le PNR exsangue avec le départ de la plupart de ses cadres.
Le parti du premier ministre semble aujourd’hui pousser son avantage aux dépends d’un PSR qui aura en quelques semaines perdues une trentaine de ses dirigeants, dont une dizaine de députés, plusieurs responsables provinciaux et un éditeur de journal. De leur côté, mais avec moins de publicité, ce sont plusieurs ministres du FUN, Khy Thaing Lim ou Ing Khanta Pavy par exemple, qui ont choisi de rejoindre le PPC. C’est désormais à visage ouvert que le Premier ministre débauche les politiciens de l’autre bord " Si vous choisissez de nous rejoindre vous serez nommer conseiller de mon gouvernement " déclarait ainsi Hun Sen en fin de mois dernier, " vous pouvez nous être utiles, plus que si vous restez dans l’opposition ". Une opposition qui aura bien entendu tenté de minimiser ces départs, tout en accusant le Premier ministre d’utiliser les fonds gouvernementaux à des fins politiques. " Il y a déjà plus de 1000 conseillers gouvernementaux qui passent leur journée à se tourner les pouces pour plusieurs centaines de dollars par mois " s’est ainsi emporté Son Chhay, député PSR de Siem Reap.
Au delà de la polémique, l’ampleur des mouvements inquiète quant à la capacité du PSR à rassembler les voix de l’opposition lors des prochaines élections. Parmi les ralliés au PPC, plusieurs étaient des membres fondateurs de la formation d’opposition. Ils ont tour à tour mis en doute la probité, le népotisme mais aussi le manque de compétence de la direction du PSR. L’avenir dira si ces départs, ajoutés à l’émergence du Parti des Droits de l’Homme de Kem Sokha, entravent la progression du PSR. La principale question, estime un ancien du PSR passé depuis au FUN, est de savoir si " ces élus du PSR seront suivis par les militants et les cadres provinciaux ? Si tel est le cas Sam Rainsy a du souci à se faire ", avant de conclure, " force est de constater que depuis 1993 Sam Rainsy est le seul dissident à avoir réussi à s’imposer " sur la scène politique cambodgienne. (www.lepetitjournal.com - Cambodge) Mercredi 26 mars 2008
|