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Alors que certains musulmans s’étonnent du grand nombre de magasins qui vendent de l’alcool, Le Petit Journal.com dresse le portrait d’un employé musulman un peu atypique, dans un univers majoritairement chrétien Ahmed, responsable de Drinkies Maadi (photo Vivien Pertusot)
Un parlementaire affilié au Frères Musulmans se plaignait récemment de la recrudescence de magasins vendant de l’alcool. Pourtant, le gouvernement égyptien ne fournit plus de licence pour les boissons alcoolisées. En fait, plus qu’une réelle augmentation, c’est un raz-de-marée de l’enseigne Drinkies qui franchise des points de vente déjà licenciés. Il est vrai qu’un magasin à l’enseigne ostentatoire noire et orange fluo passe moins inaperçu qu’une petite épicerie un peu sale et pâlichonne. Les employés de Drinkies sont majoritairement chrétiens. Leur religion leur autorisant la consommation d’alcool, il leur est moins contestable d’en vendre dans une société où la charia est reconnue par la constitution comme la principale source du droit. Un musulman, responsable de magasin avec une sonnerie religieuse sur son téléphone portable, est donc une espèce rare. Ahmed a 33 ans et depuis peu il est en charge de la boutique de Maadi. Il travaille pour Drinkies depuis quatorze mois. Il ne s’en cache pas : le boulot ne lui plait pas, mais il faut bien gagner sa vie. Son lieu de travail est loin de chez lui et "l'alcool n’est pas bon pour les musulmans". Il ne consomme pas d’alcool, mais il n’est pas pour autant épargné par les critiques. A la mosquée quand il va prier avec son polo noir estampillé Drinkies". Et même dans le magasin où il sent un certain mépris à son égard. "Les gens me disent : moi, je bois de l’alcool de temps en temps, toi tu en vends tout le temps", explique-t-il.
En attendant mieux Etre musulman et vendeur dans un magasin d’alcool n’est pas chose simple. Sa famille le tolère, mais son père était furieux quand son fils a accepté le poste. A Maadi, sur une équipe d’environ dix employés, seul un autre est musulman. Ahmed a été transféré à plusieurs reprises. Zamalek, Baba, Heliopolis et maintenant Maadi. "Il cherchait quelqu’un qui avait un bon niveau d’anglais", ajoutant qu’il parle également le russe et l’italien. Diplômé en droit, Ahmed a précédemment travaillé au service financier de Savoy et a démissionné pour ouvrir une pharmacie avec sa sœur, étudiante en médecine. Echec de l’entreprise et amende à la clé pour des différends légaux, Ahmed s’est retrouvé chez Drinkies. En attendant mieux. Avec un salaire de 1.200 LE par mois, Ahmed ne s'en sort pas trop mal, mais espère pouvoir se lancer de nouveau dans l’aventure pharmaceutique d’ici peu. Vivien PERTUSOT. (www.lepetitjournal.com - Alexandrie) mardi 25 mars 2008 |