|
CINE - La critique d'Anouk : "La graine et le mulet" |
|
|
|
lundi 24 mars 2008 |
Deux fois par mois, Le Petit Journal d'Athènes vous propose un nouveau rendez-vous cinéma avec "La critique d'Anouk". Aujourd'hui, La graine et le mulet, grand vainqueur des césars et coup de coeur de la rédaction
Grand vainqueur aux Césars 2008 avec quatre récompenses majeures, dont Meilleur film et Meilleur réalisateur, et à la Mostra de Venise 2007 avec le prix du Meilleur Jeune Espoir pour Hafsia Herzi, le prix Spécial du Jury et le prix de la Critique Internationale, ce film est la preuve que le cinéma d’auteur en France vaut la peine d’être vu et défendu. La Graine et le Mulet, c’est le genre d’histoire que l’on aime bien raconter au café sur ceux qui s’en sont sortis en créant leur propre affaire. Ici, celle d’Habib, un vieil ouvrier maghrébin des chantiers navals de Sète, déclaré non rentable, qui décide d'ouvrir un restaurant dédié au couscous de poisson, spécialité de son ex-femme, avec l'aide de Rym, la fille de sa nouvelle compagne. Sous ses airs de fable, c’est avant tout un film social. Entre traditions culinaires et musicales, et problèmes de la vie quotidienne d’une famille de Français d'origine maghrébine, Abdellatif Kechiche fait le plaidoyer énergique et décomplexé du droit à la différence. Le titre du film, qui fait référence au couscous de la mer, est aussi un renvoi à la jeune génération incarnée notamment par Rym et à la première génération d’immigrés, avec un Slimane déterminé qui tente de s’adapter et de se réaliser dans une société hostile.
Vérité et authenticité Comme dans La Faute à Voltaire et dans L’Esquive, les deux précédents films de Kéchiche, on retrouve l’amour des figures féminines flamboyantes. Ce sont elles qui mènent la danse, au propre comme au figuré. La scène de la danse du ventre est à ce titre un moment plein de sensualité, magnifique. Le film rejette magistralement les préjugés sur la femme maghrébine soumise et montre au contraire son rôle déterminant. La grande réussite du film est liée au degré de vérité et d’authenticité qui se dégage des acteurs. En corrélation parfaite avec les objectifs de mise en scène d’Abdellatif Kechiche. "Mon voeu cinématographique le plus cher : rendre la vie, la faire jaillir malgré l’artifice", déclare-t-il ainsi dans toutes ses interviews. Quelques longueurs certainement -2h30 de film !- mais La graine et le mulet est un film à savourer… comme un bon couscous de la mer ! Avec une mention spéciale pour la superbe performance de Hafsia Herzi qui habite le personnage de Rym avec beaucoup de subtilité. Anouk BAUDOUIN. (www.lepetitjournal.com- Athènes) mardi 25 mars 2008
La graine et le mulet, d'Abdellatif Kechiche. Avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache, Abdelhamid Aktouche... 2h31. Sorti en France le 12 décembre 2007 Bande annonce |