| Ecrit par Jean-Marc Jacob,
le 26-03-2008 23:00
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Tandis que Clémentine Célarié et Tcheky Karyo défendent La tectonique des sentiments sur les planches du théâtre Marigny, les lecteurs d'Eric-Emmanuel Schmitt peuvent se plonger dans La rêveuse d'Ostende, un recueil de cinq nouvelles, entre rose guimauve et gris mer du Nord
 Eric-Emmanuel Schmitt, La rêveuse d'Ostende, chez Albin MichelEric-Emmanuel Schmitt est sur tous les fronts- théâtre, cinéma, littérature. Il publie à présent un recueil de cinq nouvelles, dont la première donne son titre au volume : La rêveuse d'Ostende. La rêveuse en question est une dame âgée, coincée dans une villa surannée. Le narrateur, un écrivain à la recherche d'un havre où panser un mal d'amour, lui loue une chambre et tente de percer les mystères de cette femme énigmatique, entourée d'une impressionnante bibliothèque, mais refusant absolument de lire la moindre nouveauté. Au fil des discussions, celle à qui personne ne prête le moindre passé, lui raconte une passion secrète, une histoire de prince sur la plage et de désir charnel. Mensonges ? Rêveries ? Incroyable destin ? Dans les nouvelles suivantes, d'autres personnages se brûlent au feu de leur imagination. Une bourgeoise de province tente le crime parfait. Un vieux professeur austère et détestant la littérature de fiction se laisse influencer par un roman populaire et conduire au pire accident (Les mauvaises lectures). Ailleurs, une infirmière se pensant laide, tombe éperdument amoureuse d'un beau patient aveugle et voit toute sa vie bouleversée (La guérison), tandis qu'une demi folle attend depuis des années sur un quai de la gare de Zurich (La femme au bouquet).
Ostensible guimauve Le charme évident des textes d'Eric-Emmanuel Schmitt réside dans leur goût franc pour le romanesque, dans leur simplicité d'écriture et, avec une certaine ambiguïté, dans les matériaux dont ils sont faits. Souvent, ils semblent tout droit sortis du pire roman de gare, de la plus liquoreuse guimauve. L'infirmière et le beau gars, la vieille dame et le prince pourraient figurer sur les illustrations peintes des collections à l'eau de rose. Sans même vouloir évaluer le degré d'intention d'Eric-Emmanuel Schmitt, il serait possible de se laisser aller à des délices de revisionage de Sissi Impératrice. Hélas, pourquoi gacher son oeuvre à coup d'intelligence démonstrative, de considérations insistantes et balourdes sur la lecture, la postérité, la culture, les romans dans les supermarchés ou la libido refoulée des femmes sages ? A ce titre, quelques pages d'un érotisme soit disant raffiné et littéraire atteignent ici un rare niveau de vulgarité. Les saillis doctes surfent sur le ridicule et l'ensemble des armes de séduction massives déployées restent franchement sur l'estomac. C'est lourd la confiture de rose, surtout mal assumée. Jean-Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) jeudi 27 mars 2008
Eric-Emmanuel Schmitt, La rêveuse d'Ostende (Albin Michel) 312 pages, 20 euros.
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