Il a étudié l’informatique à Paris, en plein essor du secteur, au début des années 1980. Le parcours d’Alvar Rojas témoigne d’un opportunisme au meilleur sens du terme. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises, notamment françaises, lui confient leur parc informatique
Après le lycée, vers la fin des années’70, les jeunes Chiliens qui le pouvaient fuyaient volontiers leur pays aux libertés restreintes. Alvaro Rojas avait tout préparé pour partir aux USA sur les conseils de son oncle, Français et cosmopolite. Il s’en sera fallu de peu que l’on ne l’entende si bien s’exprimer en français ! Car finalement, il n’en a fait qu’à sa tête et est parti à Paris rejoindre un copain. Il y est resté prés de 15 ans. Bien remplis, si l’on en croit son autobiographie, racontée ces jours-ci depuis son bureau du quartier "El Golf" de Santiago. D’abord l’Alliance française, boulevard Raspail à Paris, pour apprendre la langue, un an, puis le cursus classique de l’époque: Deug, licence d’informatique puis maîtrise de robotique; c’était au temps où la PAA (prueba de aptitud academica), l’ancêtre de la PSU, permettait un équivalent du Bac. Puis ce fût l’escalade dans la débrouille lucrative: de la chambre de bonne dans le XVIe arrondissement échangée contre de menus services, aux vendanges en Suisse vite transformées en contrat de monteur électricien. Enfin, la rénovation d’appartements avec des associés Chiliens et Colombiens. Le milieu du cinéma s’éprend de ces maestros fiables et organisés, les affaires tournent à plein.
Exilé Entre temps Alvaro se marie, puis revient à son vrai métier: l’informatique: "C’est moins physique, on n’a pas à diriger tant des gens, et puis, c’était mon vrai projet de départ", souligne t-il. C’est ainsi qu’il travaille sur la mise au point d’automates pour le secteur bancaire; remise de chèque automatique par exemple. Il nous confie la chance qu’il a toujours eue à Paris où tout a été facile, selon lui: "j’ai tout de même eu le pot de ne pas avoir l’air physiquement d’un émigré, c’est plus facile pour s’intégrer", concède t-il. Ajoutant qu’à cette époque, les Chiliens, pris en bloc pour des exilés politiques, bénéficiaient des faveurs des Parisiens. Il connaît cependant un moment difficile et douloureux: la séparation d’avec sa femme, qui décide de rentrer chez elle en Martinique avec leur fille. C’est ainsi qu’en 1991, il quitte la France et la suit, de loin, pour voir son enfant: Il tente l’Argentine et le Venezuela, puis les Etats-Unis avant de se laisser, selon lui, «piéger» au Chili par une proposition alléchante: rien de moins que la création du minitel chilien entre autres projets. Depuis, il s’est remarié, a deux autres enfants et créé sa société de service informatique avec, au départ, Alstom comme unique client. Par le biais de la chambre de commerce franco-chilienne, il gère depuis, les services informatiques d’Areva et d’autres entreprises, souvent françaises. Une manière de cultiver au plus près sa nostalgie de l’Hexagone. Sophie Rouchon (www.lepetitjournal.com Santiago) lundi 17 mars 2008
|