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CROISSANCE - "L'Argentine a besoin d'investissements étrangers" Suggérer par mail
mercredi 12 mars 2008
Alejandro Gorbato est juriste francophone, associé du Cabinet Grosso & Gorbato, situé à Buenos Aires. Il est spécialisé dans les affaires internationales. Il commente, pour Le Petit Journal, les derniers chiffres de la croissance argentine
 
LPJ : D’après les chiffres publiés en février par l’INDEC (organisme des statistiques argentins), le taux de croissance s’est élevé, l’an dernier, à 8,7%. L’Argentine s’est-elle désormais complètement rétablie de la crise financière de 2001-2002 ?
Alejandro Gorbato : Le pays a enregistré, l’an dernier, une cinquième année de croissance consécutive. Le rattrapage de la crise est terminé, l’Argentine est en phase de développement. Pour preuve, les niveaux de production ont dépassé les chiffres enregistrés avant la crise. Les chiffres de plusieurs secteurs y compris l’automobile sont, à ce titre, éloquents. Ce domaine d’activité n’est plus uniquement orienté vers le marché intérieur mais les entreprises ont misé sur la compétitivité du pays pour investir localement et conquérir les marchés extérieurs. C’est un phénomène de ce secteur complètement inédit en Argentine.

La croissance est-elle portée par le niveau des exportations ?
Certains secteurs sont plus favorisés que d’autres. Le secteur automobile tire son épingle du jeu et exporte dans le monde des modèles originaux (certaines arrivent à exporter près de 70 % de leur production argentine selon le PDG de la filiale locale d’une multinationale du secteur). Le secteur agricole marche très bien, malgré les impôts appliqués par l’Etat (les droits d’exportation), grâce aux prix, à un niveau historique, des matières premières. L’exportation de services internationaux, le secteur minieux ont également connu un essor extraordinaire.
Mais la consommation intérieure reste également très forte grâce à la récupération du pouvoir d’achat de la classe moyenne et la baisse du chômage. Certains secteurs ont connu des augmentations de salaires supérieures à l’inflation réelle (la véracité des chiffres officielles d’inflation est fortement controversée, Ndlr) et l’apparition de crédit à la consommation a nourri le marché domestique.

L’Argentine n’a jamais su accompagner sa puissance agricole avec le développement de son secteur industriel, y parviendra-t-elle cette fois-ci ?
Des efforts ont, par le passé, été réalisés dans ce sens mais ils n’ont jamais rapporté les bénéfices attendus. Aujourd'hui, l’Argentine récupère une véritable culture industrielle. Mais ce secteur doit encore être encouragé par des décisions d’investissement sur le long terme. Aujourd’hui, nous avons besoin d’investissements étrangers dans les secteurs de l’énergie, des transports et des infrastructures, parmi d’autres.

Dans un tel contexte de croissance, pourquoi les étrangers tardent à répondre aux besoins argentins ?
La toute puissance de l’Etat argentin et l'absence de règles du jeu claires et stables ne facilitent pas la concrétisation de certains investissements. Grâce à l’excédent fiscal et à une forte concentration du pouvoir politique, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre importante pour contrôler certains prix du marché, comme les services publics, tarifs qui n'ont aucun rapport avec la réalité économique. En échange, il distribue, de manière pas tout à fait transparente, des subventions aux prestataires privés des services publics. Il serait plus avisé de commencer à limiter ces distorsions économiques -qui coûtent chères à l'Etat- ainsi que préparer un fonds anti-cyclique afin d'anticiper un scénario de moindres recettes fiscales qui pourrait sans doute se présenter dans l’avenir. Nonobstant, le gouvernement préfère pour l’instant continuer à subventionner certains secteurs ainsi qu’à trouver des solutions d’urgence à certains problèmes structurels. Au lieu de s’attaquer aux causes de ces problèmes.
Les investisseurs étrangers ne sont pas à l’aise avec ce mode de fonctionnement. C’est vrai, par exemple, dans l’énergie où les prix sont régulés et les retours sur investissement hasardeux. De plus, l’Argentine n’a pas réglé son problème avec le Club de Paris et se prive ainsi des financements et des assurances crédits internationaux.

Quelle est la situation actuelle du projet TGV Buenos Aires-Rosario-Córdoba ?
Bien que le gouvernement argentin semble être décidé à avancer avec ce projet, plusieurs questions doivent être auparavant résolues avant la confirmation de sa réalisation. D'abord, le ministère de l’Économie devrait approuver son schéma de financement avant le 26 mars prochain. A ce jour ce schéma n’a pas encore été approuvé par le ministre Lousteau qui, d’après des informations publiées par la presse, ne serait pas d’accord avec le financement qui lui aurait été soumis. De plus, le projet est soumis à de forts questionnements locaux, tant à la priorité de sa réalisation par rapport à d’autres investissements -qui devraient aussi être réalisés dans le même secteur en Argentine, comme à son coût réel.
Ensuite, il semble que la régularisation du défaut entre l’Argentine et le Club de Paris, ainsi que les problèmes qui se sont présentés ces dernier temps avec la Société Générale (banque qui a offert le financement du projet) sont des questions qui pourraient aussi représenter des obstacles majeurs pour l’avancement de cet ambitieux projet.  
Enfin, il faut aussi remarquer que le décret ne représente en aucun cas une confirmation de la réalisation effective de ce projet, ni ne concède des droits acquis à ce sujet en faveur du consortium d’Alstom. L’adjudication et la réalisation effective des travaux ont été soumises à des conditions qui dépendent de la volonté exclusive du gouvernement argentin (art. 4 du décret). 
Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 12 mars 2008
 
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