|
CINE - "L’heure d’été" : on fait quoi de la maison de Grand-mère ? |
|
|
| Ecrit par Betty RUBY,
le 10-03-2008 23:00
|
|
Olivier Assayas offre un film plein d’art et de retenue sur la transmission. En se concentrant, via les objets, sur la valeur du temps qui passe et du temps à venir, L'heure d'été plonge dans les racines du lien familial. Et de son sens
Jusqu’aux 75 ans de la mère, la famille était paisibleLe propos de L’heure d’été est simple. En filmant ce qui se passe à la mort de la mère âgée, Assayas observe le délicat problème de la transmission. La fratrie qu’il choisit pour l’interpréter incarne une contemporanéité aisée : le fils aîné (Charles Berling) vit à Paris, la fille (Juliette Binoche étonnante en blonde) à New York, et le cadet (Jérémie Rénier) s’est installé en Chine. Tous mènent une vie d’adultes accomplie dans leur domaine professionnel et leur propre foyer. Ils s’aiment sans doute, mais ne se voyaient jusqu’ici plus qu’autour de la mère, dans la belle propriété parentale quelque part en province. Scandé par l’intrigue annexe des relations qu’entretenait la mère (sublime Edith Scob) avec son oncle artiste, le scénario qui alterne scènes familiales et instants plus intimes s’intéresse surtout aux questions matérielles. Les ellipses évitent scrupuleusement le viscéral : ni l’annonce de la mort, ni l’enterrement par exemple ne sont montrés. Assayas contourne ainsi l’émotion pure pour se concentrer sur la seule question du legs : que faire de la maison qui après avoir abrité l’enfance porte seule encore tout le sens du clan ?
Les choses de la vie Si les réponses sont individuelles et liées à l’interprétation du passé, la décision revient au groupe et à la vision qu’a chacun de son avenir. Plutôt qu’entrer dans un infini verbiage ou de verser dans l’analyse des sentiments, Assayas s’attache au concret. A la fragilité des émotions, il oppose un questionnement sur la valeur des objets -toute relative aussi. Un vase vaut-il plus parce qu’un musée se l’arrache ou parce que quelqu’un est attaché à son souvenir ? En installant la question de la transmission dans un univers bourgeois, cultivé et confronté à la mondialisation, Assayas signifie clairement où il se situe : dans un monde où l’art peut aider à vivre, mais où, au final seul compte le mouvement des enfants. Betty RUBY. (www.lepetitjournal.com) mardi 11 mars 2008
L’heure d’été d’Olivier Assayas, avec Juliette Binoche, Charles Berling, Jérémie Renier, Edith Scob, Dominique Reymond, Valérie Bonneton, Isabelle Sadoyan…1h40, Sorti en France le 5 mars 2008 Voir la bande-annonce sur allociné
|