| Ecrit par BUDAPEST,
le 21-03-2008 00:00
|
|
Jusqu'à dimanche, Wim Delvoye présente ses œuvres dans le bel espace du musée Ernst, à Budapest. Une exposition qui rentre dans le cadre du festival culturel hollandais et flamand Wim Delvoye, Cement Mixer Scale, 2006 (Photo Agnès Fontaine)
Les salles du musée Ernst présentent diverses installations qui donnent à voir autant d'aspects de l'œuvre de Wim Delvoye. Des bonbonnes de gaz repeintes selon des motifs hollandais en blanc et bleu, au modèle de camion-benne structurellement décoré à la façon gothique, on focalisera tout d'abord son attention sur les peaux de porcs tatouées et exposées telles des trophées. Wim Delvoye a commencé à faire tatouer des porcs dans les années 1990. À Art Farm en Chine, en 2005, il a réitéré son expérience avec l'aide de l'artiste Danny Devos. La vidéo qui en témoigne montre les porcs tatoués, encore vivants, dans leurs enclos ; l'un affublé des marques distinctives de Louis Vitton, un autre arborant des décorations dignes d'un motard fan de grosses cylindrées encore bercé par l'enfance. En piochant dans le stock des images d'Epinal - des cœurs stylisés entrecroisés de roses aux représentations religieuses -, Wim Delvoye installe un véritable brouillage des valeurs. Par référence aux humains, aux animaux de compagnie ainsi qu'à l'organisation des groupes sociétaux, les œuvres discourent sur la place de l'affectif et de la mort, du travail et de l'esthétique du vivant dans nos sociétés contemporaines.
Cloaca Exposée pour la première fois en 2000 au musée d'Art d'Anvers, et pièce maîtresse de l'exposition en cours au musée Ernst de Budapest, l'installation Cloaca, accompagnée de croquis et de logos, est une sorte de petite usine, mi-machine mi-homme, qui produit des excréments. Nourri plusieurs fois par jour, le processus, visible au travers de vitres, digère et transforme la nourriture étape par étape, jusqu'à produire des selles. Retournant aux fondements des premiers essais de reproduction du vivant - on pense notamment à Jaques de Vaucanson et son canard mécanique de 1738 -, Cloaca redonne aux systèmes physiologiques humains une place première dans la réflexion artistique. Jouant avec l'idée alchimique de la figure de Gé (la conquête d'un monde originel) et l'idée de la crudité froide d'une mécanique, Cloaca produit par l'enchaînement des transformations une matière odorante d'une quotidienneté aussi concrète que naturelle. Si la plupart des croquis qui entourent la pièce reprennent une forme de fascination pour les machines (plans, coupes, dessins d'usine…) d'autres sont une parodie des logos de Coca-Cola, Ford et Monsieur Propre redessinés et adaptés dans l'optique de promouvoir Cloaca. Et d'ajouter, en forme de critique, l'usage et l'usure des identités et du fonctionnement de la production dans la dimension autant spectaculaire qu'économique du monde représenté et du monde en représentation. Franck Fontaine (www.lepetitjournal.com) vendredi 21 mars 2008 Wim Delvoye Jusqu'au 23 mars 2008 Musée Ernst 1065 Budapest, Nagymez? u.8. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h. Tel. 341 4355 www.ernstmuzeum.hu Le site de Cloaca : www.cloaca.be
|