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CULTURE - Houellebecq: "Je n'ai rien compris à la crise argentine" |
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jeudi 06 décembre 2007 |
Une trentaine de journalistes argentins attendaient hier Michel Houellebecq pour une conférence de presse, quelques heures avant celle, publique, donnée par l’auteur à l’Alliance Française
"Je me l’imagine un peu comme une rock star" commente un journaliste venu d’Uruguay dans le but de rencontrer le sulfureux auteur français. L’avion à peine posé, Michel Houellebecq arrive avec un peu de retard, la mine ébouriffée, un grand sac à dos presque vide sur les épaules. Beaucoup de questions. Les réponses se veulent spontanées, l'écrivain pense tout haut, joue avec une parole maladroite. Le débit est lent. Michel Houellebecq le répète plusieurs fois lors de l’échange : il est capable de dire tout et son contraire. "En fait je n’ai pas vraiment de personnalité ". Une chose est sûre: c'est un personnage. L'écrivain anti-capitaliste cultive avec délectation le marketing de la subversion. Il est parfois drôle puis insupportable. On hésite entre la conversation de comptoir ou l'anti-modèle génial de l'artiste engagé. A vous de juger.
Canal 7 : Qu’êtes -vous venus faire à Buenos Aires, qu’êtes-vous venus chercher ? Je suis venu car je recevais pas mal de mails de lecteurs. C’est rare… Il n’y a pas beaucoup de pays où cela arrive : l’Argentine et la Russie. Je me suis dit que l’on s’intéressait à moi... J’aime cela. Contrairement au Brésil ou à la Colombie qui évoquent immédiatement des images, peu de clichés sont associés à l’Argentine. Le pays reste mystérieux pour un européen moyen. D’ailleurs je n’attends rien de précis de cette visite, à part voir les gens qui s’intéressent à moi.
Susana Reinoso, La Nación : Que savez-vous de la littérature argentine ? Je suis désolé… à part Borges, rien… Mais Borges c’est quand même très très très bien. La nouvelle qui m’a le plus impressionnée est La mort et la boussole. Ah si, il y a aussi L’invention de Morel (NDRL : d’Adolfo Bioy Casarès). Mais un pays ne devient pas littérairement important du jour au lendemain, je suppose qu’il y a donc autre chose en Argentine.
Horacio Bilbao, Clarín.com : Vous avez dit que la littérature a souvent du retard par rapport à l’histoire, que pensez-vous du journalisme ? Hummmm… Il y a une insuffisance dans le journalisme qui n’est pas de la faute des journalistes. Par exemple, les progrès de la technique jouent, aujourd’hui, un rôle historique mais personne n’est capable de l’expliquer car personne n’y comprend rien. Pareil pour l’économie. L’Argentine : vue d’Europe, on a compris que c’était un pays très riche devenu très pauvre. J’ai lu 40 articles sur le sujet et je n’ai toujours rien compris : les explications se contredisent les unes aux autres. Ce n’est pas une critique, je ne ferais pas mieux. La technique, l’économie cela m’énerve, je n’arrive pas à comprendre et pourtant c’est cela qui gouverne le monde. Pour les romanciers, la situation est meilleure car ils passent par des personnages qui peuvent avoir l’impression de comprendre le monde même s’ils se trompent.
Alejandro Alén Vilas, La Nación : Dans la grande majorité de vos œuvres, on peut lire une critique du capitalisme, qu’espérez-vous générer chez vos lecteurs ? Etablissons un préalable : les romans et la littérature ne changent pas le monde mais le décrivent. Ce qui change le monde ce sont des textes comme les épîtres de Saint Paul, le manifeste du parti communiste, le Coran… Ce que j’attends d’un livre c’est, entre autres, de lire une description où les forces opérantes du monde ont bien été identifiées. Le monde est plus vivable quand on le comprend un peu.
Susana Reinoso, la Nación : La revue Times a écrit : "La culture française est morte sous la main de la culture américaine", qu’en pensez-vous ? Ce n’est pas faux mais ce n’est pas la seule. Sur ce sujet, la France se débrouille mieux que d’autres. Elle a d’ailleurs quelques DJ célèbres et quelques excellents écrivains... Mais la domination de la culture américaine sur l’ensemble du monde est évidente. Sa grande force est de croire en sa supériorité. Quand on y croit, c’est plus facile de persuader les autres. Les Français adorent, eux, la contemplation sadomasochiste dans leur propre décadence.
Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 6 décembre 2007 |