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Lawrence Wright, prix Pulitzer 2007 pour son ouvrage La guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste, était en conférence à l’université américaine, mardi 26 février, pour dresser un état des lieux sur Al Qaïda et répondre à de nombreuses interrogations. Journaliste renommé au magazine américain New Yorker, Lawrence Wright a passé cinq ans à enquêter sur la nébuleuse Al Qaïda pour aboutir à un chef d’œuvre d’investigation, qui offre une histoire méticuleuse et une plongée sans précédent au sein d’une organisation dont toutes les groupes islamiques fondamentalistes ou presque revendiquent un lien aussi ténu soit-il. Désormais disponible en français, cet ouvrage s’impose comme une lecture nécessaire pour comprendre les attentats du 11 septembre et l’ascension d’un groupe qui « a souvent trébuché avant de réussir ».
Il revient au Caire de nombreuses années après y avoir enseigné. C’est devant un parterre d’étudiants, de professeurs et de curieux que Wright expose une vision pertinente d’Al Qaïda. Il défend le point de vue selon lequel les terroristes islamistes ne sont pas des individus prenant part à un clash d’idéologies, mais à un clash d’identités, notamment en Europe, où les minorités musulmanes ne sont souvent pas suffisamment intégrées, explique-t-il. Ils trouvent dans le terrorisme une voie.  L’auteur rejette l’idée très répandue que le terrorisme naît exclusivement de la répression. Un facteur important est l’humiliation, avance-t-il. Al Qaïda véhicule un sentiment d’infériorité culturelle des Musulmans, fortement renforcé par les images choc de Guantanamo Bay, d’Abou Ghraib, d’Irak, de Palestine… Selon lui, la politique étrangère américaine ne rentre que marginalement en ligne de compte. « Ce n’est pas l’Amérique contre Al Qaïda, affirme-t-il. C’est Al Qaïda contre tout le monde. » De plus, beaucoup de ceux qui s’opposent à la politique américaine ne rejoignent les rangs du «djihadisme salafiste », ce qui était pourtant la stratégie d’Ossama Ben Laden en attaquant les Etats-Unis. Lawrence Wright s’est penché sur « le nouveau Al Qaïda » qu’il a comparé à des « gangs de rue », souvent rattachés uniquement par Internet. Il a conclu sa conférence en énumérant les raisons pour lesquelles Al Qaïda échouera en Irak et plus généralement dans le monde. L’organisation s’attaque à trop d’ennemis, tue trop de musulmans et n’offre aucune alternative. « Al Qaïda n’offre qu’une seule chose aux jeunes recrues : la mort. » Pour Wright, l’organisation sunnite est « une machine à suicides ». Vivien PERTUSOT (www.lepetitjournal.com – Le Caire) Lundi 10 mars 2008 |