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INTERVIEW - Le safari musical de Manu Dibango Suggérer par mail

Ecrit par Laurence Danthony, le 04-03-2008 00:00

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Précurseur de la world music, créateur d’un genre musical, Manu Dibango promène son saxophone et sa joie de vivre depuis 50 ans sur les scènes du monde entier. Demain soir il enflammera la salle de bal du Circulo de Bellas Artes de Madrid. Entretien avec cet artiste mythique, père du tube interplanétaire Soul Makossa

A 75 ans,"Papa Groove" a plus d'un tour dans son sax'

Ce n’est pas une première en Espagne… Parlez-nous du public espagnol et du spectacle de mercredi. Vous allez jouer l’Hommage à Bechet ?
Le public espagnol a du tempérament. Il a lui-même une tradition musicale très forte. Si vous tombez dans leurs oreilles, ça se passe bien.  Mais de toute façon il n’y a pas de mystère. Les gens qui viennent vous écouter vous connaissent donc sont ouverts. Et ils attendent des choses forcément. Je jouerai quelques morceaux de l’Hommage à Bechet. Bechet est quelqu’un d’important, qui a marqué la musique de la Nouvelle Orléans. Et la Nouvelle Orléans est le foyer du jazz. Mais je proposerai surtout un safari musical, un parcours.

Cet hommage à Bechet est un peu un retour aux origines de votre carrière, lorsque vous fréquentiez les clubs de jazz de Paris et Bruxelles ?
Oui c’est ma jeunesse bien sûr. J’ai eu la chance de le connaître lorsque j’étais élève, que j’allais danser au Vieux Colombier. Lui il jouait. Vous savez quand on est jeune on a l’impression que tout ce monde est éternel. On avait l’habitude de voir les musiciens américains arriver à Paris. Pour nous c’était normal. Et puis aujourd’hui on se rend compte qu’on a eu la chance d’avoir connu Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie…Tout ce monde-là qui aujourd’hui n’existe plus que par des disques, des vidéos…Nous on a la chance de les avoir vus, touchés. C’est l’avantage d’avoir duré.

Vous êtes décrit comme un artiste qui jette des passerelles entre les genres et les pays. Et votre public est fidèle et cosmopolite. Comment l’expliquez-vous ?
J’ai un public élastique ! Je ne suis pas un spécialiste dans la musique, je suis un généraliste [rires] ! Donc je touche forcément les uns et les autres à un moment donné, que ce soit les mômes ou les plus âgés. Vous savez, pour faire ce métier il ne suffit pas de suivre une mode. Il faut être présent, être "de son temps" mais pas d’une mode. Les modes passent. J'ai vu naître beaucoup de tubes, de danses... Et à la fois, il y a des constances aussi. L’important c’est de choisir son camp et d’en avoir la possibilité.

C’est le secret ?
[rires] Ah je ne sais pas moi ! C’est ce que je pense. Les modes sont éphémères…Vous êtes là, à suivre tout cela : la mode est à la techno, tout le monde va vers a techno, la mode est au reggae, tout le monde va vers le reggae… Moi je suis musicien et pour moi, c’est comme une palette de peinture. Tous ces rythmes qui arrivent sont pour moi des couleurs en plus.

Et justement, que pensez-vous des musiques actuelles, la techno, le hip-hop par exemple ?
Il y a de très bonnes choses ! J’écoute la radio forcément. Et à partir du moment où mes oreilles l’acceptent, j’accepte aussi. Je me fie encore à mes oreilles [rire] !

Certains vous décrivent comme "Le symbole de l’Afrique francophone amie"...
De toutes façons je suis l’un des symboles c’est certain. Parce que je suis vivant encore et que je suis un francophone que les gens connaissent. Je n’ai pas fait ce métier pour avoir des médailles. Je l’ai fait par passion. En revanche il y a des gens qui reconnaissent que vous travaillez... Vous êtes là un peu pour amener des rapports d’amour entre les gens. Parce que ce n’est quand même pas la denrée la plus répandue. Mais… oui, il est clair que dans la francophonie, je fais partie du tableau ! C’est un constat.

Qu’est-ce que représente la bi-culturalité pour vous ?
C’est une richesse. Il vaut mieux être stéréo que mono, vous ne croyez pas ? [rires] On entend mieux non ?

Pourriez-vous nous dire deux mots sur votre engagement ?
Je suis ambassadeur de l’UNESCO [NDLR : Manu Dibango est "artiste de l’Unesco pour la paix " depuis 2004]. Il y a quelques actions, des évènements où il faut être, des débats. Ce n’est pas gratuit. Les malaises de la société sont multi-faces. Il y a tellement de choses qui clochent entre les hommes qu’on peut toujours trouver quelque chose à faire. Faciliter la circulation des artistes francophones, c’est déjà une bagarre. Sensibiliser les gens sur les problèmes de l’Afrique aussi… Récupérer des fonds pour acheter des moustiquaires par exemple. Des trucs de base dont les occidentaux n’ont pas forcément conscience. Vous savez ici une moustiquaire ce n’est rien mais en Afrique c’est un trésor. Il faut être lucide : quand on a la "chance" que j’ai -même si cela ne tombe pas tout seul dans la marmite-, il faut essayer de "répercuter" les choses d’une certaine manière.

Vous soutenez aussi des jeunes musiciens…
Je ne suis pas vraiment militant. On peut dire que mon orchestre est déjà une espèce d’école. Il y a plein de musiciens qui sont passés chez moi et qui en s’en allant, amènent d’autres musiciens. Cela se renouvèle tout le temps. Ceux qui viennent dans mon orchestre savent qu’ils devront former d’autres musiciens s’ils sont pris ailleurs. Une manière de passer le relais…
Propos recueillis par Laurence DANTHONY. (www.lepetitjournal.com Madrid) mardi 4 mars 2008

Manu Dibango au Círculo de Bellas Artes
Mercredi 5 mars à 22h
Alcalá, 42 - 91 360 54 00
Entrée : 35 euros, 30 euros pour les adhérents
Plus d’infos ici
Réservations : Teleentrada


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