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Aujourd'hui, le centre franco-argentino de altos estudios reprend son programme de séminaires et de conférences pour 2008 / 2009. Le Petit Journal a interviewé Patrice Vermeren, professeur de philosophie à Paris VIII et directeur de l'institut depuis trois ans
 Patrice VermerenLe Petit Journal : Il y a dix ans, des professeurs de l'Université de Buenos Aires et de l'École des hautes études en sciences sociales s'associaient pour créer le centre franco argentino de altos estudios à Buenos Aires. Dans quel but? Patrice Vermeren: Sa création répond à une longue tradition d'échanges universitaire franco-argentins et à la forte présence de la langue et de la culture française en Argentine au 19ème siècle. A l'époque, plusieurs intellectuels français, poussés à l'exil suite à l'échec de la Révolution de 1848, arrivent en Argentine comme Jacques Amedeo qui deviendra recteur du colegio nacional de Buenos Aires. Des échanges universitaires se sont mis en place dès le XXème siècle. Ils se sont toujours poursuivis même s'ils n'ont pas toujours pris une forme institutionnelle. Sous l'influence de l'actuel conseiller culturel Jack Batho, le centre franco argentino est né en 1997, au sein de l'Université de Buenos Aires. LPJ: En quoi consiste ce centre? P.V : Il se destine d'abord aux élèves doctorants des disciplines des sciences humaines et sociales. L'an dernier, nous avons organisé 25 séminaires invitant des professeurs et chercheurs français à restituer leur savoir devant un public d'étudiants de la UBA. Ces séminaires de 32h sont pratiquement gratuits. Les chercheurs conviés sont ceux porteurs d'une recherche nouvelle, pas la peine de faire du "déjà vu". Nous démarrons l'année dès aujourd'hui avec le séminaire de Jean-Pierre Marcos, professeur à l'Université Paris VIII, avec une conférence sur Freud et Lacan. Nous enchaînerons avec un séminaire sur le roman hispano-américain animé par deux enseignants chercheurs de Montpellier. Nous recevons, en moyenne, 25 étudiants par séminaire. Depuis peu, nos enseignants chercheurs se déplacent également en Province ou dans les pays voisins.
LPJ: Ces séminaires sont-ils ouverts au grand public ? P.V : Pour le grand public, nous proposons une série de conférences. Quatre auront lieu en 2008 : un cycle sur mai 68 lors de la feria del libro, un cycle sur Levi-Strauss, qui a eu, en Argentine, une grande influence, une conférence sur le 19ème siècle depuis la France et L’Amérique Latine et une réflexion sur les missions jésuites.
LPJ: Les conférenciers français se disent souvent surpris par l’affluence et l’intérêt des argentins pour leurs travaux. En France, on invoque souvent une crise des vocations… P.V. : L’Argentine dispose de grandes figures intellectuelles dans des domaines de pensées variées. Mais qu’est ce qu’un intellectuel aujourd’hui et que veut dire la notion de crise ? Dans ce domaine, Mai 68 a remis en cause la hiérarchie entre celui qui savait et celui qui ignorait. Les intellectuels, comme Zola ou Sartre, ceux qui disaient le vrai, qui aidaient à penser, ont été destitués. Les intellectuels d’aujourd’hui sont plutôt des spécialistes. En 68, la transmission du savoir est remise en cause. Quarante ans après, le moment est venu de se pencher avec un regard d’historien sur cette période. Notre conférence sur Mai 68, qui s’étalera sur cinq jours, y reviendra largement. Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 28 février 2008
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