"Construire son avenir en aidant les autres à construire le leur", telle est la devise de l'association Ateliers Sans Frontières (ASF) créée en mars 2003 par Thibault Guilluy et basée à Bonneuil-sur-Marne. Après le Maroc et l'Algérie, c'est en Roumanie qu'ASF a décidé de s'implanter. Et mettre en place une structure d'insertion pas tout à fait comme les autres
De gauche à droite, Violaine Chantrel, Alexandre Guilluy et Raluca Gheorlan (photo: L.C.)
L'association Ateliers Sans Frontières est née d'un premier constat : beaucoup d'associations d'aide sociale ont besoin de matériel pour monter leurs projets. Deuxième constat : il y a un gaspillage énorme en équipements sportifs et en ordinateurs des collectivités locales et des grandes entreprises. L'idée ? ouvrir des ateliers d'insertion professionnelle qui rénoveront ce matériel et le revendront à un prix réduit à des associations d'aide sociale, en France ou à l'étranger. La particularité d'ASF, c'est que ce sont des personnes excluses du système, embauchées en contrat aidé, qui vont travailler sur ces équipements. Et former ainsi un "atelier"... "Nous sommes pratiquement la seule association à faire de la solidarité nationale et internationale un support d'insertion", affirme Alexandre Guilluy, 29 ans, directeur d'ASF et frère du fondateur Thibault Guilluy. "Proposer à quelqu'un de participer à un projet altruiste est épanouissant, valorisant et exigeant. Deux tiers des personnes qui ont travaillé pour nous retrouvent du travail au bout d'un an alors que la moyenne nationale en France est de 27%", ajoute-t-il.
Déjà des projets concrets réalisés "Notre démarche en Roumanie est d'autant plus pertinente qu'il n'existe pas de dispositif d'insertion socio-professionnelle pour les jeunes en difficulté. Il n'y a que de l'assistance sociale et de l'aide d'urgence, mais pas de continuité", explique Raluca Gheorlan, directrice générale d'ASF Roumanie arrivée ici il y a huit mois après avoir vécu une dizaine d'années à Paris. En 2007, à Sibiu, en collaboration avec la fondation UCOS "Un copil, o speranta" (un enfant, un espoir, ndlr), elle a mis en place un chantier de solidarité internationale où des volontaires de l'atelier France et des associations partenaires sont venus construire une plateforme de sport sur 450 m2 pour des enfants en difficulté. Un deuxième projet, soutenu par la mairie de Bucarest, ABN Amro et Apa Nova Bucarest-Veolia Roumanie a été de sélectionner des associations membres de la fédération des ONG pour l'enfance afin de les équiper en matériel informatique et sportif.
Sortir du cadre d'assistance nord-sud Cette année, ASF Roumanie a deux nouveaux chantiers. Un premier à Zalau (nord) qui va commencer en avril avec l'association des handicapés de Zalau, et qui consistera à construire une scène de théâtre sociale et un terrain de jeux. Et un deuxième à Giurgita, dans le sud du pays, en août prochain, qui mobilisera notamment des volontaires français et marocains venus de l'atelier d'insertion du Maroc. En collaboration avec l'association de développement rural Rudezis, un terrain de jeux et de sport sera édifié pour les jeunes des familles défavorisées de cette commune. "Nous voulons aider au renforcement de la société civile en coopération avec des associations comme Rudezis, Parada, le service Apel ou le Samu social, mais aussi les institutions et les sociétés privées", souligne Violaine Chantrel, coordinatrice du réseau international d'ASF. Initiative originale et dont la Roumanie avait certainement besoin. Pour Raluca Gheorlan, "avec ASF, c'est une nouvelle chaîne de solidarité qui se crée, on sort du cadre d'assistance nord-sud avec notamment ces jeunes volontaires du Maroc qui viennent aider en Roumanie". Le but étant de monter ici un atelier sur le modèle de ceux qui existent déjà en France ou au Maroc. Et, conclut Alexandre Guilluy, "d'offrir ainsi un tremplin entre l'exclusion et le monde du travail". L.C. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) lundi 25 février 2008