|
Le géant pétrolifère s’est fait voler des informations industrielles précieuses fin janvier. L’enquête privilégie désormais la thèse de l’espionnage industriel.
José Sérgio Gabrielli, président de Petrobras, à une conférence de presse en décembre 2007 - Photo Valter Campanato/ABr
A la fin du mois de janvier (le 25 ou le 29, selon les versions), un bateau-container quittait le port de Santos pour celui de Macaé, au nord de Rio de Janeiro. A bord, plusieurs containers sous la responsabilité de l’entreprise américaine Halliburton. L’un d’entre eux contient, entre autre, du matériel informatique de Petrobras, qui utilise Halliburton comme prestataire de services. Lorsque le dit-container parvient à Macaé, on constate que des éléments ont disparus. Des éléments très précis : seuls quatre ordinateurs portables et deux disques durs ont été volés. «En gros, il y avait du matériel de bureau et quelques ordinateurs portables (dans le container)», explique Valdinho Jacinto Caetano, le superintendant de la PF à Rio, «et c’est justement ces portables qui ont volés, ce qui nous amène à écarter la thèse du vol commun. Justement parce que, lors d’un vol commun, l’ordinateur entier est dérobé, et non pas le seul disque dur». La précision du vol incite bien sûr les enquêteurs à envisager la possibilité de complicité interne, le ou les voleurs étant manifestement informés des informations contenues dans chaque ordinateur ou disque dur. Quelles informations ? Selon toute vraisemblance, les éléments dérobés provenaient d’une plate-forme de forage au large de Santos. Or on sait que des réserves considérables de pétrole et de gaz naturel y ont récemment été détectées à de très grandes profondeurs. A qui profite le crime ? Les données subtilisées concerneraient plus particulièrement la gigantesque découverte de gaz, officialisée par Petrobras le 21 janvier dernier. Le président de la compagnie, José Sérgio Gabrielli, refusait jusqu’à présent de se prononcer sur l’affaire. Pressé par Lula en personne de s’exprimer, il s’est finalement contenté d’un «Il n’y a pas eu de faille dans la sécurité du transport» peu convaincant. Les enquêteurs, qui ont déjà recueillis les témoignages de neuf personnes impliqués dans le transport, pensent le contraire : «La sécurité pour ce type d’information privilégiée était au minimum inappropriée». Autre élément intriguant, le comportement des fonctionnaires d’Halliburton au cours de l’enquête. «Peut-être par ignorance des règles élémentaires d’enquête, ils ont bougé et manipulé les équipements restants, modifiant ainsi la scène du crime» explique le commissaire Caetano. Le superintendant a également révélé que ce type de vol industriel n’est pas nouveau pour Petrobras, victime d’un problème similaire il y a environ un an. L’enquête s’avère laborieuse, mais on imagine qu’elle doit se concentrer sur un point fondamental : à qui profite le crime ? Bertrand BLAIS (www.lepetitjournal.com - São Paulo) 21 février 2008 |