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Au Caire, les ministres de l’information des pays membre de la Ligue Arabe, à l’exception du Liban et du Qatar, ont approuvé, le 12 février, une charte visant les chaînes satellite arabes. Présentée par ses signataires comme une étape indispensable du développement du milieu satellitaire, certains craignent que son but soit de restreindre la liberté d’expression, déjà fragile dans ces pays La déclaration loue la liberté d’expression précisant qu’elle devrait s’exercer "d’une manière qui protège les plus hauts intérêts des pays arabes et du monde arabe, le respect des libertés et droits d’autrui et qui doit obéir à l’éthique de la profession". La charte interdit la diffusion de propos manquant de respect à Dieu, aux religions monothéistes, aux symboles religieux et aux chefs d’Etat. Les termes restent suffisamment vagues pour laisser le champ libre à diverses interprétations.
L’Egypte et l’Arabie Saoudite ont co-écrit cette déclaration. "Certaines chaînes ont dévié du droit chemin", a affirmé Anas el-Fiqi, ministre égyptien de l’information. "Nous souhaitons plus de liberté et nous cherchons à cristalliser la démocratie et la liberté d’expression en Egypte et dans le milieu médiatique en établissant des règles claires, des restrictions et des principes", a-t-il ajouté. L’Egypte sera le premier pays à appliquer cette nouvelle charte. Selon la déclaration, les pays signataires pourront suspendre et même révoquer les licences des chaînes qu’ils jugent en infraction. "Museler" les chaînes satellite Reporters Sans Frontières, Article 19 et Committee for Protecting Journalists ont dénoncé cette charte. Les pays arabes "tentent de museler ce qui est devenu la principale source indépendante d’informations pour des millions de gens dans la région", s’est insurgé Agnès Callamard, présidente d’Article 19. Les critiques estiment qu’Al Jazira, à couteaux tirés avec de nombreux gouvernements arabes à cause de reportages critiques, serait la principale cible. Le directeur général de la chaîne a affirmé dans un communiqué de presse que ces régulations constituaient "un danger pour la liberté d’expression dans le monde arabe", ajoutant que ce n’était pas aux politiques d’établir des règles dans la profession. Les chaînes religieuses, telles qu’Al Nas TV, pourraient également être visées. Elles prononcent à longueur de journée des fatwas, édits religieux, parfois controversées. Les chaînes satellite "sont menacées de perdre la marge limitée de liberté dont elles jouissaient ces dernières années", a déploré un éditorialiste du quotidien Al Quds Al Arabi. Vivien PERTUSOT (www.lepetitjournal.com – Le Caire) vendredi 29 février 2008 |