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CINEMA – "Cœurs" : la chorale n’a pas le moral |
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mardi 19 février 2008 |
Mêmes instruments, mêmes acteurs, mais tonalité sombre pour Cœurs -Asuntos privados en lugares públicos. Dans ce film qui sort cette semaine sur les écrans ibériques,
Alain Resnais met sa virtuosité de mise en scène au service de
personnages accablés par la neige, la fuite du temps et de l’amour. Sombre et splendide
L’âge et l’expérience étant, Resnais peut tout se permettre. (affiche Mars distribution) Il est difficile au premier abord de contenir un sentiment de déjà vu. Arditi, Azéma, Dussolier, Resnais… L’affiche semble un peu tourner en rond et promet une variation sur un air connu. Mais, comme Alain Resnais est un immense cinéaste, l’exercice ne manque jamais d’intérêt, d’autant qu’avec Cœurs il change singulièrement de registre. Exit l’opérette précieuse et endiablée (Pas sur la bouche) et les inserts de variétoche réjouissants (On connaît la chanson). Cœurs, sous son titre de comédie sentimentale est un film plus désenchanté que chanté. La chorale n’a pas le moral et pour chacun des personnages, il est déjà trop tard. Pour Dan et Nicole (Lambert Wilson et Laura Morante), il est trop tard pour sauver leur couple et trouver un nouvel appartement, même avec l’aide de Thierry (André Dussolier) un agent immobilier qui vit avec sa sœur (Isabelle Carré). La jeune femme cherche l’homme idéal par l’intermédiaire de petites annonces, tout en faisant croire à son frère qu’elle sort entre copines. C’est assez triste. Thierry, lui, est troublé par sa collègue Charlotte (Sabine Azéma), une femme très pieuse qui vient, par ailleurs, en aide à Lionel (Pierre Arditi), en s’occupant de son vieux père acariâtre. Ce qui agite, ce qui ensevelit Resnais puise sa matière première en adaptant une pièce d’Alan Ayckbourn, comme il l’avait fait pour Smoking/No smoking. Il la transcende et lui donne corps par la grâce d’une mise en scène somptueuse qui assume ses artifices avec une classe tranquille qui ferait presque oublier l’ampleur de son audace. L’âge et l’expérience étant, Resnais peut tout se permettre. Il explore les êtres et les espaces avec une variété fluide de points de vue, de mouvements de caméra et de variations de lumière. Les décors, admirables, cultivent l’incongruité et les notes grinçantes, sur le fil du mauvais goût. Ils sont la matérialisation d’un malaise profond, d’un dérèglement qui fait toute la force de Cœurs. Si l’on rit souvent, c’est d’un rire sale, devant quelques outrances de comportement ou de dialogues, comme ces flots d’insanités déversés par un vieillard libidineux. Une tension sexuelle insoluble court d’ailleurs tout au long du film. Une neige obstinée ne cesse de tomber, qui semble murer le ciel à jamais et vouloir ensevelir les personnages. Comme elle, Cœurs est un film glaçant et entêtant qui ne suscite peut être pas l’emballement juvénile des Resnais récents, mais marque une étape importante dans une œuvre déjà considérable. Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) - Barcelone, mercredi 20 février 2008 Parution dans l'édition internationale le 28 novembre 2006
Cœurs, Alain Resnais (2h05) avec Sabine Azéma, Isabelle Carré, Laura Morante, Pierre Arditi, André Dussolier, Lambert Wilson, Claude Rich La bande annonce : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=109504.html
A voir Au ciné Verdi en V.O. : www.cines-verdi.com
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