| Ecrit par LE CAIRE,
le 27-02-2008 23:00
|
|
Passage obligé de tous les séjours touristiques en Egypte, Louxor est la ville de tous les paradoxes. Plus pauvre et plus touristique à la fois, les riches européens en villégiature côtoient les « fellah » des champs de canne à sucre au son des calèches qui battent le pavé. Derrière l’agitation de la rive est et de Karnak, la rive ouest s’ouvre peu à peu au fourmillement touristique. Vue de la rive ouest depuis Louxor. (photo : Elsa Foucraut)
Il suffit d’une livre, ou 25 piastres pour un égyptien, pour se retrouver sur la rive Ouest du Nil, aux abords de la nécropole thébaine, face à la ville de Louxor. Le trajet, bien connu des touristes, permet d’accéder à la tombe de Toutankhamon, au temple de Medinet-Habou ou encore d’entamer une ballade à la journée dans les montagnes. Sur la route entre l’embarcadère et la vallée des rois s’alignent les champs de canne à sucre, et les paysans sont au travail. Ici, pas de souk, pas de calèches, ni de rues bondées : avec une quinzaine d’hôtels répartis au sein des différents villages, dont certains périodiquement désertés, la rive ouest offre une alternative intéressante pour les voyageurs lassés de l’agitation et du tout-touristique de Louxor. L’animation nocturne n’est certes pas aussi dense que sur l’autre rive, mais en contrepartie l’atmosphère est plus calme et donne une bonne vision d’une Egypte rurale et conservatrice, tout en offrant un cadre propice aux rencontres avec la population locale. Paradoxes de la modernité A quelques kilomètres de l’embarcadère, dans le village d’El-Gourna, les bazars et les fabriques d’albâtre côtoient les remorques chargées de canne à sucre. Une bonne partie des objets vendus au souk de Louxor sont fabriqués ici, mais le tourisme ne fait pas vivre l’ensemble de la population, dans ce village où l’agriculture garde encore une place centrale. Avant tout, la rive Ouest symbolise les contrastes et les paradoxes d’une Egypte ouverte au tourisme mais qui peine à se développer elle-même. Les traditions restent très ancrées, dans cette société qui semble souvent très loin du Caire. En cas de conflit, les habitants s’adressent d’abord au « Conseil des Arabes » (maglis el-arab), plutôt qu’à la police ou à la justice. A la tête de cette institution informelle, le Sheikh El-Tayyeb arbitre les conflits au cas par cas, tel un sage, en conciliant droit égyptien et morale traditionnelle. Coincés entre modernité et traditions, les jeunes d’El-Gourna on tous une adresse mail et chattent avec le monde entier dans la vingtaine de cybercafés du village, ouverts depuis moins de trois ans pour la plupart. Certains parlent anglais, mais ne savent pas écrire l’arabe correctement. Ici comme à Louxor, beaucoup avouent vouloir se marier avec une occidentale... peut-être inspirés par d’autres jeunes du village qui ont épousé des femmes bien plus âgées qu’eux, et habitent aujourd’hui de magnifiques maisons au bord du Nil. Elsa FOUCRAUT (www.lepetitjournal.com - Le Caire) Vendredi 22 février 2008
|