| Ecrit par ROME,
le 14-02-2008 23:00
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Avec Les funérailles de Luce et Couleur Peau de Miel, Benoit Springer et Jung Sik Jun nous entraînent sur des sujets graves : la mort et l'adoption. Avec Luce, les moments de tendresse et de recueillement dressent en filigrane une réflexion sur la mort. Jung Sik Jun propose une autobiographie, toute en retenue, sur l'adoption et l'arrivée dans un nouveau pays Les funérailles de Luce de Benoit Springer
Benoit Springer nous offre ici un magnifique récit initiatique sur la découverte de la brièveté de l’existence par une toute petite fille. Et le talent de l’auteur, cette fois seul aux commandes, éclate véritablement.
Pour Luce, six ans, les vacances à la campagne chez Papi, garagiste à la retraite, ce sont des moments de bonheur. Un jour pourtant, elle croise un étrange duo que ceux qui l’entourent ne semblent pas voir : une petite fille pas plus grande qu’elle, drapée dans un crêpe noir, et un homme nu. Tout d’abord, elle ne s’en effraie pas, elle se contente de regarder passer l’étrange couple sans rien dire. Mais le vieux Simon, un des copains de son Papi, décide de mettre fin à ses jours. Dès lors, Luce commence à s’interroger sur la mort : la sienne et celle des siens...
L’histoire est simple, l’environnement et les personnages ordinaires, familiers. Le propos est universel, l’album s’apprécie donc sans réserve. Le traitement en noir et blanc de Benoit Springer donne à cette histoire sa limpidité et sa force. Il excelle, par exemple, dans la restitution des instants silencieux, ces instants où ses personnages sont seuls ou encore ceux pendant lesquels le verbe est superflu : Luce qui observe les étals au marché, qui va chercher les œufs ; Simon qui rentre chez lui, comme d’habitude. Les moments de tendresse qui renaissent pour certains alors qu’ils en avaient fait leur deuil. Les moments de recueillement aussi, évidemment. Les expressions émerveillent, l’environnement apaise tant il est familier, la capacité à ralentir le temps étonne. Une leçon de dessin. Qui n’est pas pour autant une démonstration. Une histoire universelle dont Benoit Springer tisse ici les fils avec une grande sensibilité et une grande maîtrise artistique. Couleur de peau miel de Jung Sik Jun
Si Jung Sik Jun n’était pas devenu dessinateur de BD, on n'aurait sans doute rien su de sa terrible mais belle histoire. L’auteur avait déjà collaboré à quelques travaux. Avec ce récit autobiographique, prévu en deux tomes, son talent s’affirme pour notre plus grand plaisir.
Jung puise au fond de lui et travaille sa mémoire pour faire ressurgir son passé : le petit enfant coréen abandonné, dans un pays à peine sorti de la guerre, l’orphelinat, l’adoption par une famille belge et la nouvelle vie, les nombreux frères et sœurs qui l’adorent, l’école, l’enfance et ses bêtises, puis l’adolescence et ses émois. L’auteur restitue aussi ses premières confrontations avec le racisme ordinaire. Lui qui croyait que sa couleur de peau était miel, parce que c'était ce qui était écrit sur sa fiche d'adoption, s’entend traiter de chinetoque, de citron, de jaune. En racontant sa propre histoire, ses propres doutes, ses propres peurs, Jung nous fait partager quelques interrogations majeures ; que sont l’ identité, la famille, l’abandon, le destin ? Quel sens leur donner ? Mais le propos n’est jamais lourd, la distance et l’humour sont toujours présents. Des moments de détente, voire quelques séquences croustillantes s’insèrent dans cet ensemble marqué par la dureté des situations. Le trait noir est d’une grande lisibilité. La fraîcheur et la tendresse qui marquent le dessin, contribuent à nous donner l’envie de continuer à partager les émotions de l’auteur. Heureusement, le second volet du diptyque est pour bientôt… Jackie BOUGAULT. (www.lepetitjournal.com - Rome) vendredi 15 février 2008 
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