| Ecrit par Sara Fredaigue,
le 11-02-2008 00:02
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Quarante ans après ses premiers engagements, Marek Halter signe un livre testament : Je me suis réveillé en colère. Jeudi, il présentera à Rome sa version italienne, La mia Ira. Rencontre autour de ses colères et de ses espoirs LPJ : Après le succès de votre trilogie La bible au féminin et de Marie, vous vous lancez dans l’écriture d’un livre plus proche de l'essai. Pourquoi ?
Marek Halter : Mes histoires me permettent de faire passer mes idées sur les rapports de l’homme à la justice, à sa manière de réagir. Néanmoins, j’ai accumulé des colères face à des événements quotidiens. Cela aurait été trop long de faire une histoire pour chacun de ces éléments. Alors, de temps en temps, j’aime bien partager avec d’autres mes cris et mes espoirs. Je pense néanmoins comme Platon, que je suis plus fort de le faire sous la forme d’un dialogue. C’est la raison pour laquelle, dans Je me suis réveillée en colère, je m’entretiens avec un juif orthodoxe sur la place des Vosges. Cela me permet de prendre un peu de distance. Marek Halter (Photo : Jean-Marie Perier) N’avez vous pas eu peur qu’en abordant des sujets très divers -de l’écologie au conflit israélo-palestinien- le lecteur s’y perde un peu ? Je ne pense pas. Ce sont des événements qui interpellent le lecteur tous les jours. Tout lecteur s’y retrouvera. Ou il partagera ma colère, ou il sera en colère contre moi. Au minimum, je l’aurai réveillé. Votre vie est marquée par l’engagement. Pensez-vous que ce soit le rôle de l’intellectuel ? Oui. Si on est un intellectuel, c’est qu’on est engagé. On peut écrire des livres magnifiques et ne pas être un intellectuel. Sans intellectuels, une société risque très vite d’être submergée par des idées extrêmes entraînant la dictature. A l’inverse, elle peut aussi sombrer dans l’insignifiance. La religion est omniprésente dans vos libres. Pourtant vous vous déclarez athée. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Je suis laïque. Je suis pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’Eglise n’a pas à s’immiscer par exemple dans la politique étrangère. Son intervention doit se limiter à la sphère privée. La religion est présente dans mes livres parce qu’elle est présente dans la vie. Comme dirait Paul Claudel : "Ce n’est pas ma faute si la religion existe". Les laïcs ont inventé quelques espoirs laïcs qui ont échoué comme le socialisme ou le libéralisme. Quand l’espoir échoue, on retourne aux religions. Quant à moi, je fais le pari du doute comme Pascal a parié sur l’existence de Dieu. Quelle est votre colère la plus urgente ? Il y a des colères essentielles et des colères urgentes. Au Salon du livre de Turin, face au boycott fait par certains sur la présence de la littérature israélienne, j’ai réagi dans La Repubblica. C’est une colère urgente. Ma colère essentielle est néanmoins celle qui concerne la mort. Pour chacun de nous c’est l’injustice absolue. Comment ne pas être en colère contre tous ceux qui s’autorisent à donner la mort, tels les kamikazes ? La résolution du conflit israélo-arabe marque votre action depuis 40 ans. Où trouvez-vous l'espoir ? L’espoir, je le trouve dans l’Histoire. Nous savons que toute guerre finit par la paix. Pour de multiples raisons : la sagesse, la fatigue, l’espoir. Sur le terrain, nous ne sommes pas encore devant une solution pacifiste. Cependant, j’ai vu le début du conflit : les hommes ne se parlaient même pas. Cette "non-existence de l’autre" s’est transformée en une existence. Pour 90% de Palestiniens, Israël existe. Ces acquis me font espérer. La désespérance se situe plus dans la notion de temps. Le temps de l’Histoire ne correspond pas à celui d’une vie humaine. Soixante ans, c’est deux lignes dans les livres scolaires. "L’histoire a besoin du temps" comme disait Proust. Propos recueillis par Sara FREDAIGUE. (www.lepetitjournal.com - Rome) lundi 11 février 2008 Présentation de l'éditeur "Vous avez l'air bien en colère !" C'est en ces termes qu'un matin, place des Vosges à Paris, un vieux Juif religieux interpelle Marek Halter. Le dialogue se noue naturellement entre les deux hommes. Bientôt, l'habitude est prise. Chaque jour, Marek Halter vient trouver le vieux Juif devant la statue du roi Louis XIII pour partager avec lui un nouvel objet de courroux. Communautarisme, racisme, écologie, religion, démocratie, altermondialisme, conflit israélo-palestinien... Qu'il s'emporte ou s'enthousiasme, Marek Halter enrichit le débat de références bibliques, historiques et philosophiques, et met ses dons de conteur au service des grandes causes. Un livre à la fois actuel et intemporel. Après le très grand succès de ses biographies de femmes bibliques -Sarah, Tsippora, Lilah et Marie, Marek Halter change de registre. Je me suis réveillé en colère est un livre de combat. - La mia ira, édition Spirelli. 20 € - Je me suis réveillé en colère, édition Robert Laffont, 17 € |
Jeudi 14 février, au Grand Hotel palace (via veneto, 70), à 17h45, Marek Halter présentera "la mia ira" (ed. Spiralli), la traduction italienne de son livre "je me suis réveillé en colère" en présence de son éditeur. Plus d’informations : La colère de Marek Halter face au boycott des livres israéliens au Salon du livre de Turin
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