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CINE – "La fabrique des sentiments" : une solitude hypermoderne Version imprimable Suggérer par mail

Ecrit par Betty RUBY, le 05-02-2008 23:00

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A en croire le second film de Jean-Marc Moutout, le célibat à 35 ans est un état aussi pénible que désespérant. Autour de speed dating où l’enjeu est de découvrir l’amour en 7 minutes, il brode une partition contemporaine dans laquelle Elsa Zylberstein tétanise

En ces temps de grosse machinerie cinématographique comme Astérix, ou de comédies sans conséquence comme Enfin veuve, voilà un film qui détonne dans la noirceur du propos. Et étonne aussi dans sa réalisation.
Car dans La fabrique des sentiments, les images ne sont pas les seules à être léchées et glacées. Du scénario, à la parcimonie musicale, en passant par l’atmosphère bleutée ou le générique seventies, tout renvoie au cauchemar social de la féminité.
A 36 ans, Eloïse (Elsa Zylberstein) s’est d’abord consacrée à sa carrière plus qu’à la quête du prince charmant. Aussi quand, sous la forme de vertiges le poids de ses artères commence à la rattraper, décide-t-elle de prendre le taureau par les cornes en s’inscrivant à une séance de speed dating :  7 hommes, 7 femmes, 7 minutes pour séduire avant que le gong n’invite à changer de place. Avec au choix notamment, Bruno Putzulu ou Jacques Bonnaffé -excellents dans leur malsaine composition.
De cette trame anti-romanesque naît un film perturbant sur le sens de l’amour et les moyens d’y parvenir dans une société hyper individualiste.

Malaise ambiant
Comme dans Violence des échanges en milieu tempéré (2003), où il se préoccupait de hiérarchie professionnelle, Jean-Marc Moutout observe avec la rigueur d’un entomologiste la manière dont l’individu accepte ou non de se conforter à une imagerie sociale.
La sublime Elsa Zylberstein -dont il ne reste plus la moindre rondeur des années Mina Tannenbaum (Martine Dugowson, 1993) joue de ses froideurs et de ses regards pour créer une héroïne presque irréelle. A l’inverse son univers, terriblement familier des citadines célibataires, est palpable. Et peu inviable ! On est dans l’opposé le plus strict des Sex & the city et autres fanfreluches télévisées qui font croire que la solitude est ce qu’il y a de plus tordant au monde.
Si on se tord dans La fabrique des sentiments, c’est plutôt d’angoisse : le titre parle de lui-même.
B.R. (www.lepetitjournal.com) mercredi 6 février 2008

La fabrique des sentiments, de Jean-Marc Moutout, avec Elsa Zylberstein, Jacques Bonnaffé, Bruno Putzulu  (1h44). Sortie en France aujourd’hui.
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