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Seize mois après le renversement du gouvernement de Thaksin Shinawatra par des généraux royalistes, les alliés de l'ex-Premier ministre en exil ont dévoilé samedi la coalition de six partis appelée à former le gouvernement. Le retour aux affaires des lieutenants de M. Thaksin constitue un sérieux revers pour les artisans du putsch de 2006, mais ces derniers ne vont pas en rester là "Cela a pris du temps pour en arriver là", a lancé samedi Samak Sundaravej, dirigeant du Parti du pouvoir du peuple (PPP), au sein duquel sont regroupés les alliés de M. Thaksin, lors de la conférence de presse de présentation de la coalition gouvernementale à Bangkok. Le PPP, qui avait largement remporté les élections du 23 décembre mais avait manqué de peu la majorité absolue au Parlement se démenait ces dernières semaines pour rallier plusieurs petits partis tandis que de nombreuses plaintes visant à invalider le scrutin avaient été lancées. Mais la Cour suprême a finalement écarté vendredi les principaux obstacles, ouvrant la voie à la formation d'un gouvernement sous la conduite du PPP. Samak timide sur son éventuelle nomination comme Premier ministre Les cinq formations qui ont rejoint le PPP sont le Chart Thai, Puea Pendin, Ruam Jai Thai Chart Pattana, Matchima Thipathay et Pracharaj. Le Parlement issu des législatives du 23 décembre sera convoqué aujourd’hui, a annoncé Samak Sundaravej, précisant que la coalition dirigée par le PPP devrait bénéficier du soutien de 315 députés sur un total de 480, soit environ les deux tiers de la nouvelle Assemblée Législative. M. Samak, 72 ans, connu pour son franc-parler, a refusé de dire s'il deviendrait effectivement Premier ministre. Les négociations se poursuivent sur ce point mais la question devrait être éclaircie dans les prochains jours. Le Parlement dispose en effet d’une semaine pour élire le chef du gouvernement. Les militaires au sénat Les portefeuilles ministériels seront quant à eux alloués dans les semaines à venir. Sukhum Chaleysub, analyste politique de l’université de Rajabhat Suan Dusit, prédit d’âpres disputes entre les partenaires de la coalition. "Le gouvernement va subir une instabilité et une désunion au sein de la coalition, estime-t-il, il est très clair que ce gouvernement ne durera pas longtemps". Un avis que ne partage pas, Chris Baker. Ce spécialiste de la politique thaïlandaise auteur de plusieurs livres, pense que le gouvernement devrait être relativement stable. Selon lui, les partis qui tiennent maintenant le pouvoir ne vont pas le lâcher. Pour leur part, les généraux putschistes devraient trouver un moyen de conserver quelque once de pouvoir, toujours selon Chris Baker. "Il est très probable que les militaires ou leurs amis se montrent en force au sénat, estime-t-il". La procédure de nomination des sénateurs, dont près de la moitié sont désignés, commence aujourd’hui. Peyoun CASTILLO. (www.lepetitjournal.com - Bangkok avec AFP) lundi 21 janvier 2008 Un camouflet pour les putschistes mais... La présentation de cette coalition constitue un revers pour les généraux putschistes qui avaient tenté pendant 16 mois d'éradiquer toute trace de l'ère Thaksin (2001-2006). Outre la dissolution de son parti, le Thai Rak Thai, le 30 mai 2007, un tribunal nommé par la junte avait interdit à M. Thaksin (58 ans), ainsi qu’à 110 autres membres exécutif du parti, d'exercer toute activité politique pendant cinq ans. Par ailleurs, une commission d’enquête anti-corruption avait fait geler près de 2 milliards de dollars de ses avoirs. Thaksin Shinawatra fait également l’objet d’accusations de corruption dans deux affaires. Toujours en exil, il a indiqué qu'il envisageait de revenir en Thaïlande d'ici le mois d'avril et qu'il serait en mesure de prouver son innocence. Néanmoins, cette victoire politique ne semble cependant pas pouvoir garantir à elle seule un retour facile pour le milliardaire. Selon divers analystes, M. Thaksin devra se montrer conciliant avec les militaires qui ont dirigé le coup d’état, car ces derniers disposent de moyens légaux pour le poursuivre. Par ailleurs, si personne ne doute plus que Thaksin tire les ficelles du PPP depuis le début, il est possible qu’une fois le gouvernement en place, en place, le pouvoir du maître sur ses marionnettes s’amenuise. "Il aura bien entendu toujours un certain pouvoir par le porte-monnaie, estime Chris Baker, mais je ne pense pas qu’il sera en mesure de contrôler la politique gouvernementale dans le détail". Dans ce sens, le retour au pays le 8 janvier de son épouse, Pojaman, 51 ans, est clairement perçu comme un mouvement de la famille Shinawatra pour veiller sur le PPP tout en préparant un retour en douceur pour M. Thaksin. Celle que le quotidien The Nation qualifie "d’ingénieuse femme fatale de la politique" est rentrée en Thaïlande malgré les accusations pour corruptions qui pèsent sur elle. Elle aurait aussitôt sollicité une entrevue avec le Président du Conseil Privé du Roi, le Général Prem Tinasulanond, considéré par M. Thaksin et ses alliés comme le cerveau du coup d’état. (LPJ Bangkok - 21/01/08) |