| Ecrit par Marie NORRE,
le 24-01-2008 23:00
|
|
Des mafieux sans pitié, une innocente victime, une infirmière candide : ce sont les protagonistes du nouveau film de David Cronenberg. Les promesses de l’ombre, un film sans surprise ? Loin de là. Entre audace esthétique et clichés réinventés, Cronenberg étonne une nouvelle fois  Le feu et la glace, le duo Vincent Cassel-Viggo Mortesen est époustouflant (photo. Metropolitan Filmexport)
Les promesses de l’ombre aurait pu être un film de genre. Son scénario tient en quelques lignes : une jeune prostituée venue des pays de l’Est meurt en couches à Londres, une sage-femme découvre qu’elle a été victime d’une branche de la mafia russe. L’histoire aurait-elle été imaginée pour donner à Cronenberg le plaisir de filmer, à son tour, un milieu aux mœurs si cinématographiques ? Tout est là : un chef de gang bonhomme mais inflexible, un fils qui n’est pas à la hauteur, Vincent Cassel, excellent en psychopathe alcoolique et désespéré, une nouvelle recrue qui grimpe les échelons presque trop vite, Viggo Mortensen, et une sage femme un peu perdue qui ne sait pas où elle met les pieds. Quand Coppola rencontre Tarantino Mais Cronenberg prend un malin plaisir à jouer avec ces codes : non en brouillant les pistes d’un scénario qui ne laisse que peu de place au suspense mais en prenant des libertés esthétiques. Dès les premières minutes du film, l’écran est envahi par le sang, mais pas à la façon de ces traditionnelles scènes de règlement de comptes, passage obligé des films de gangsters ; plutôt d’une manière volontairement outrée, presque gore. Un peu comme si le Coppola du Parrain rencontrait Tarantino. Cronenberg a-t-il voulu justement s’affranchir de ces modèles que sont Coppola ou Scorsese, encombrants pour qui prétend filmer la mafia ? Le corps et ses démons C’est que le réalisateur canadien entend surtout mettre en scène ses propres obsessions : la problématique du corps, morcelé dans Crash, torturé dans Vidéodrome, envahi dans La Mouche. Ici, ce sont bien les corps qui témoignent : les blessures bien sûr, les doigts coupés que l’on retrouve dans une scène, clin d’œil à l’imagerie de la mafia russe, les tatouages, véritable adoubement. Mais ces corps se font aussi relais de la parole : le patriarche est glaçant avec son sourire mi-figue mi-raisin, Vincent Cassel saisissant dans la peau du looser agité et nerveux, Viggo Mortensen enfin incarne avec brio un homme qui maîtrise parfaitement ses gestes et ses expressions, la douleur aussi bien que la séduction. La mafia au prisme de Cronenberg Les promesses de l'ombre se révèle être un film extrêmement ambigu, d'une beauté classique -pour la photographie magnifique qui donne au film une couleur et une ambiance particulière que ne lui confère pas le scénario, et inattendue. Un film extrêmement maîtrisé, à l'issue duquel le message reste brouillé et incertain, en dépit du manichéisme apparent de l’histoire. S’il arrive que Les promesses de l'ombre suscite le rire, c’est un rire un peu crispé devant les scènes hollywoodiennes que propose Cronenberg : des clichés distordus, où aucun personnage n’occupe la place qu’il devrait. Et si l’exaspération peut gagner le spectateur, c’est peut-être parce que Cronenberg se refuse à lui offrir un vrai film de genre, en choisissant de filmer la mafia à travers le prisme de ses questionnements personnels. Marie NORRE. (www.lepetitjournal.com - Allemagne) vendredi 25 janvier 2008
|