| Ecrit par Elise GRATON,
le 17-01-2008 23:00
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On ne choisit pas sa famille, c'est bien connu. Certains tombent bien, d'autres moins. Le premier long-métrage de Pia Marais, Die Unerzogenen met en scène Stevie, une adolescente de 14 ans, qui échangerait bien ses parents hippies contre d'autres plus "normaux" Axel (Birol Ünel), le père volage et accroc aux drogues de Stevie (Céci Chuh) (Photo. © Real Fiction Filmverleih)
Stevie a 14 ans et semble poursuivre un seul et même combat quotidien depuis la plus tendre enfance : survivre au rythme de vie déglingué de ses parents vagabonds, délinquants, volages et enclins à la consommation de stupéfiants. Inquiète de préserver son innocence et d'anticiper les bêtises de ses parents, la jeune fille impressionne et chagrine à la fois. Aux dernières nouvelles : Stevie et sa mère Lily quittent le Portugal pour rejoindre en Allemagne Axel, le père de Stevie (Birol Ünel, Gegen die Wand), tout frais sorti de prison, et s'installer ensemble à la campagne, où Lily a hérité d'une maison. Stevie croit voir la lumière au bout du tunnel. Elle espère enfin pouvoir mener une vie familiale rangée... Un rêve que la réalité finit par rattraper.
Inspiration autobiographique Pia Marais est elle-même issue d'une famille hippie. Née à Johannesburg d'une mère suédoise et d'un père sud-africain, elle fréquente l'école Waldorf et grandit en Afrique du Sud, en Suède et en Espagne. Adulte, elle garde la bougeotte puisqu'elle étudie la sculpture et la photographie à Londres, Amsterdam et Düsseldorf. Elle passe finalement le concours de l'Académie de Cinéma et de Télévision de Berlin (DFFB). De son enfance, certainement un tantinet plus confortable que celle de Stevie, elle garde le souvenir, quant à lui commun aux deux histoires, d' un "chaos débordant", mais qu'elle considère après-coup comme "source vivante d'inspiration", confie-t-elle.
Un comique ambigu Contre toute attente, Die Unerzogenen n'est pas particulièrement drôle. Aucun rapport avec Together (2000) du Suédois Lukas Moodysson. D'un côté, le récit a quitté les années 1970 pour s'ancrer dans un "ici et maintenant" dépouillé de tout fard nostalgique. De l'autre, les personnages de Pia Marais n'ont rien des marginaux de Moodysson aux idéaux certes contradictoires mais de bonne volonté. Lily, Axel et leurs amis sont finalement on ne peut plus normaux : paumés, stupides, vulnérables -a priori un peu comme tout le monde, la volonté de s'intégrer en moins. Si l'on rit, c'est à leurs dépens, et ça ne fait pas du bien. Ce film discrètement elliptique laisse par ailleurs plus d'une zone d'ombre quant au contexte et à l'évolution du récit. En cela, il ne manque nullement de densité narrative mais souligne bien l'étrange effacement des frontières entre le bien et le mal, l'âge adulte et l'enfance, la stabilité et la précarité, dont Pia Marais interroge la fragile cohérence. Avec Die Unerzogenen, la jeune cinéaste a remporté bon nombre de prix en 2007, entre autres le Tiger Award à Rotterdam et le Best First Feature Award à Durban. Elise GRATON. (www.lepetitjournal.com – Berlin) vendredi 18 janvier 2008
Die Unerzogenen, de Pia Marais, 1h36 (Allemagne 2005-2007), sorti le 27 décembre.
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