| Ecrit par Eva JOHN,
le 11-12-2007 23:00
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Berlin, paradis des sommeliers français ? Difficile à croire sur des terres arrosées par des siècles de bière. Et pourtant Jérôme, jeune sommelier, estime qu’il y a un "créneau à prendre", dans un secteur où les Français s’exportent facilement. Un portrait réalisé par notre blog partenaire génération 80 Jérôme: "A Berlin, les gens construisent. J'avais envie de ça" (Photo. E. J.)
Autour de moi dans la boutique, des rangées de vins d’Allemagne, de France, d’Autriche, d’Italie, d’Espagne. Jérôme part dans la réserve et revient avec une bouteille de Heymann-Löwenstein. "Goûte ce vin de Moselle, tu m’en diras des nouvelles !" En me servant un verre, il m’explique que c’est un vin produit en "biodynamie". Encore plus bio que bio, si j’ai bien compris. C’est ce genre de vin que préfère Jérôme : ceux dont on sent qu’ils sortent du sol, du terroir. Le rêve d’enfant de Jérôme, c’était d’être pâtissier. Après un bac S, "pour ne pas se fermer de portes", il décide donc de passer un diplôme en gastronomie à l’école hôtelière de Strasbourg. Un été, il part avec des copains goûter des vins en Bourgogne. Et pour la première fois, un vin "lui parle". Sans s’y connaître encore vraiment, il sent que "quelque chose se passe" avec ce vin du Château de Marsannay. Il en achète une bouteille qu’il n’a jamais ouverte depuis. A la rentrée suivante, il choisit de suivre la spécialisation sommellerie de son BTS.
"L’accent français a un côté charmant et authentique" Après avoir travaillé deux ans dans une grande boutique à Paris, Jérôme a eu des envies de voyages. En bon alsacien, il a appris l’allemand à l’école. Berlin l’attire, il décide de tenter sa chance là-bas. Il commence en tant que commis sommelier dans un restaurant. Un jour, il se rend à la boutique de la Prinzregentstraße où nous nous trouvons actuellement. Après avoir échangé quelques mots, le patron lui propose de l’embaucher. "Pour un sommelier français, c’est très facile de s’expatrier", explique Jérôme. "C’est peut-être bête, mais c’est un atout d’avoir l’accent français quand tu travailles dans le vin. Il y a ce côté charmant et authentique qui passe très bien". Si la région de Berlin est loin d’être connue pour ses vignobles, la culture gastronomique ne demande qu’à s’y développer. On ne peut certes pas comparer les deux pays en terme de tradition autour du vin. Ceux qui composent la scène branchée berlinoise, notamment, ont très envie d’en savoir plus sur le vin. "Il y a un créneau à prendre". "Les gens plongent les mains dans le sol" En nous resservant un verre, Jérôme annonce qu’il ne s’est jamais senti aussi bien qu’à Berlin. "Paris et Londres, c’est presque trop beau, on a peur d’y toucher. Berlin, c’est en friche. Les gens plongent les mains dans le sol et construisent. J’avais envie de ça, d’une ville plus alternative". D’après le jeune sommelier, la seule solution pour les vignerons face à la crise actuelle est de miser sur la qualité. Et qu’on ne lui parle pas de copeaux de bois qui donnent le goût de barrique. Jérôme, dont les parents sont orthodontiste et institutrice, explique que de toute façon, personne ne peut choisir quand un vin va "vous tomber dessus". Bien sûr, beaucoup cherchent à l’apprendre pour pouvoir en parler dans les repas d’affaires. Mais Jérôme reste persuadé que les vrais passionnés comme lui n’en auront jamais fait le tour. Que personne ne pourra jamais dire : "J’ai compris le vin". Eva JOHN. (www.lepetitjournal.com - Berlin et www.gen80.eu ) mercredi 12 décembre 2007 Retrouvez les portraits de Romy Strassenburg (à Paris, en allemand) et Eva John (à Berlin, en français) sur le blog génération 80 pendant tout le mois de l’Avent. Romy Strassenburg et Eva John sont deux journalistes très investies dans le franco-allemand. Leur blog, génération 80, veut montrer les parcours et les interrogations d’une génération partagée entre rêves et précarité, celle née dans les années 1980. Le blog génération 80: www.gen80.eu
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