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ENTRETIEN - Constantin Rudnitchi : "Le gouvernement devrait se montrer plus prudent".

Ecrit par BUCAREST, le 09-01-2008 00:00

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Constantin Rudnitchi est journaliste, spécialisé dans l'économie. Il a dirigé pendant plusieurs années la rédaction de la revue Bilant. Dans cet entretien accordé au Petitjournal.com, il analyse les tendances de l'économie roumaine, les rapports avec l'Union européenne et les secteurs à fort potentiel

Lepetitjournal.com : La Banque nationale de Roumanie vient d'élever son taux d'intérêt directeur de 0,5% et se montre inquiète face au risque inflationniste. Pensez-vous que l'économie roumaine soit en surchauffe ?

Constantin Rudnitchi :
L'économie roumaine est comme une mer dont la surface paraît lisse. Nous bénéficions d'une croissance au beau fixe, les investissements tant internes qu'externes sont satisfaisants, etc. Mais quand on plonge dans cette mer à première vue tranquille, il y a des courants qui peuvent être dangereux. Pour ne citer que quelques-uns d'entre eux, je mentionnerai le déficit important de la balance des paiements et de la balance commerciale, le manque de productivité, des salaires qui augmentent plus vite que l'économie réelle. Par ailleurs, il ne serait pas surprenant que nous souffrions déjà des problèmes qui touchent d'autres pays plus avancés. Je pense notamment à la crise des crédits hypothécaires qui frappe actuellement les Etats-Unis et ne tardera pas à faire son apparition au sein de l'Union européenne. À mon avis le gouvernement roumain devrait se montrer moins optimiste et plus prudent dans sa politique budgétaire. De leur côté, les Roumains devraient y regarder à deux fois avant d'accumuler des crédits. Ceci dit il est naturel qu'après plus de douze ans de transition sans y avoir eu accès, ils puissent enfin en profiter. C'est aussi positif pour l'économie dans son ensemble, mais il faut savoir être vigilant.

Le pays ne semble toujours pas profiter des fonds européens. Qu'en pensez-vous ?
C'est un problème important. En 2007, nous n'en avons pratiquement pas bénéficiés, de nombreux fonds ont été reportés à 2008. Cette année l'un des plus grands défis pour la Roumanie sera d'absorber ces fonds. Mais les choses ne sont pas simples. Pour l'instant les administrations locales n'ont pas été capables de présenter des projets viables aux yeux de l'Union européenne, et donc elles n'ont pas reçu d'argent. L'un des points cruciaux est de mettre en place des contrôles très stricts dans la gestion de ces fonds européens. Pour le moment je ne crois pas que nous allons bénéficier d'ici deux à trois ans d'une véritable transformation du pays comme cela s'est produit il y a vingt ans en Espagne ou au Portugal. Le contexte n'est pas non plus le même.

Face aux pays limitrophes, la Roumanie va-t-elle rester compétitive ?
Oui, sans aucun doute. Les Hongrois seraient dit-on jaloux de notre taux de croissance. La Roumanie est un grand marché en pleine croissance. Mais encore une fois il faut rester vigilant. Par ailleurs la Bulgarie, qui est entrée comme nous dans l'Union européenne en janvier 2007, est devenue un pays concurrent qui attire de plus en plus d'investisseurs. D'autant que récemment le gouvernement bulgare a réduit l'impôt sur les bénéfices des sociétés à 10% alors qu'ici il est à 16%.

La construction est un secteur phare en ce moment, les prix de l'immobilier dans les grandes villes ne cessent de croître. Comment voyez-vous leur évolution ?
Il est difficile de se prononcer. Les terrains aux alentours des villes continueront certainement d'être un bon investissement pendant 2008, notamment en raison des nombreux projets de construction de futures zones industrielles. D'autant que les petites et moyennes entreprises ont beaucoup de mal en ce moment à trouver un siège ou une surface de production suffisante. Concernant les biens immobiliers pour les particuliers, certains analystes parlent d'une baisse prochaine du prix des appartements dans les vieux immeubles. Je crois plutôt que les prix vont continuer d'augmenter, certes de façon plus raisonnable. Et puis je ne vois pas la demande de crédits hypothécaires baisser.

Quels autres secteurs pourraient avoir un bel avenir ?
J'en vois deux, bien qu'il s'agisse ici d'un rythme de croissance moins spectaculaire que celui du secteur de la construction. D'abord l'agriculture, qui peut espérer exporter bien davantage à partir du moment où l'on se mettra aux normes européennes, pour la viande de porc, par exemple. Mais cela va se faire. Le second secteur, c'est selon moi l'environnement, tout ce qui concerne la consultance pour l'amélioration de l'environnement, l'outillage et les projets de centrale pour le recyclage des déchets.

Des problèmes à résoudre imperativement en 2008 ?
Il sera nécessaire de régler le problème de l'émission des gaz carboniques à effet de serre notamment dans les zones de production énergétique. Fin décembre, le gouvernement roumain a demandé au Tribunal européen d'annuler une décision de la Comission européenne qui impose à la Roumanie de réduire de 20% ses émissions. Par ailleurs, il faudra revoir la loi sur les privatisations. Le cas de Daewoo Craiova ne peut pas se répéter, on doit suivre les règles européennes dans ce domaine. Enfin, Bruxelles et Bucarest devront se mettre d'accord une fois pour toute concernant la taxe de première immatriculation.

Propos recueillis par Laurent Couderc. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) mercredi 9 janvier 2008



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