| Ecrit par Margot REIS,
le 09-01-2008 23:00
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De Hambourg à Munich, les produits bio ont leurs supermarchés à prix réduits. Un cocktail détonant qui surfe sur deux vagues à la fois : l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits respectueux de la santé… et leur réticence à mettre la main au porte-monnaie Un supermarché bio à Hambourg. "Bio ist nicht öko" (Photo. M. R.)
Un soir de semaine, devant un supermarché Erdkorn. Caddies, tapis roulants, pizzas surgelées : rien ne semble distinguer la marque au grain de ses concurrents. Mais parmi les petites annonces à l’entrée du magasin, on découvre des offres d’initiation au yoga, aux massages shiatsu ou au jeûne collectif. En effet, Erdkorn n’est pas un supermarché comme les autres : tous les produits sont certifiés bio et proposés à des prix réduits, bien que supérieurs aux équivalents conventionnels "traditionnels".
Acheter du meilleur bio moins cher "Quand on voit à quel point on peut acheter de la viande pas chère, je préfère manger moins et mieux !", explique Rita, salariée dans une ambassade et cliente régulière d’Erdkorn depuis deux ans. Près de la moitié des Allemands achètent bio au moins une fois par mois. Le secteur a enregistré une hausse de 125% de son chiffre d’affaire entre 2000 et 2006, selon des chiffres rapportés par l’hebdomadaire Spiegel. En 1998, la chaîne basic ouvrait sa première filiale de discount bio près de Munich. Le berlinois BioLand a commencé sa conquête de la capitale en 1999. A Hambourg, c’est Thomas Hinz, ex-manager régional d’Aldi, qui fonde Erdkorn en 2001. "Si nous avions tous l’argent, nous ne mangerions que du bio", explique Edith, traductrice. "Pour moi, les gens plus méritants sont ceux qui gèrent des fermes bio depuis le début, sans exploitation ni dictat capitaliste", explique-t-elle, en s’inquiétant des conditions de travail des caissières et de la pression par les discounters sur les fournisseurs, fussent-ils bio. Pour près des trois quarts des personnes interrogées par le Spiegel, c’est la santé qui détermine leur choix pour des produits bio, bien avant les raisons politiques et sociales qui ne ressortent que dans 5% des témoignages. "Bio ist nicht öko" L’engouement massif des consommateurs allemands pour le bio pas cher met en rogne les acteurs traditionnels du secteur. "Sans l’espace café, ce serait sans doute difficile de survivre", explique Oliver, 36 ans, qui tient à Berlin un magasin et une cafétéria bio, non-fumeuse et végétarienne dans les locaux d’un cours de yoga. "Dans quelle mesure peut-on parler de qualité quand il s’agit de baisser les prix ?", souligne le jeune homme. "Plus le marché s’agrandit, plus il y a de passagers clandestins", s’alarme Claudia, 40 ans, vendeuse sur un marché pour le compte d’une ferme certifiée Demeter, l’un des deux "gendarmes du bio" les plus stricts. Selon elle, les habitués viennent par conviction. "Beaucoup n’ont pas tellement d’argent", ajoute-t-elle. Elle-même mange bio, "pas pour vivre 10 ans de plus", mais "pour quelque chose qui a du sens" et fuit les rayonnages "avec 25 sortes de yaourts", même bio. "Pour moi, on pourrait enlever 80 % des produits des magasins", explique-t-elle, inquiète du suremballage et des distances nécessaires à l’approvisionnement des enseignes qui propose des produits exotiques toute l’année. "Bio ist nicht Öko" : le bio n’est pas l’écolo, finit-elle par trancher. Margot REIS (www.lepetitjournal.com/hambourg.html) jeudi 10 janvier 2008
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