|
En Égypte, selon les chiffres de l’Agence centrale pour les statistiques, un couple divorce toutes les six minutes. En la matière, les femmes n'ont toujours pas les mêmes droits que les hommes. Les chiffres du divorce en Egypte donnent à réfléchir : 240 jugements de divorce sont prononcés chaque jour par les tribunaux spécialisés à travers le pays soit un divorce toutes les six minutes. “Le divorce est plus répandu au Caire que dans les campagnes et s'explique généralement par des raisons matérielles”, estime le chef de l’association des ma’azouns légitimes Abdel Meneem Ali Mohamed Awadallah. Selon lui, il existe une “saison du divorce” où les couples sont plus nombreux à se séparer, il s'agit des fêtes, de la rentrée scolaire où les dépenses matérielles sont très importantes ...Selon ce religieux, seule la trahison, sous toutes ses formes, peut justifier le divorce. “T out autre problème peut-être reglé”, estime-t-il. En Égypte, dont la population est de 76 millions de personnes, on compte environ 2,5 millions de femmes divorcées, dont 34% cas lors de la première année du marriage. “J’ai été mariée pour quatre mois seulement. J’ai su dès le premier jour que je ne serais pas heureuse. J’ai toutefois essayé de poursuivre ma vie, mais mon mari ne m’a pas donné le temps et m’a repudié”, raconte Abir Ahmad, 24 ans. Selon la responsable médiatique du conseil égyptien des droits de la femme, Nahed Chehata, les mauvaises conditions économiques et la disparition du dialogue sont à l’origine de la montée d’un cran du phénomène du divorce. La Cour qui traite des affaires familiales (photo Safaa Ismail-LPJ) Un système inégalitaire Évoquant les causes de son divorce, Mouchira Agayby, journaliste qui a obtenu un divorce sans faute, ou “khula”*, a fait état du manque de responsabilité de son ex-mari envers sa famille, sa maison et ses enfants. Elle parle aussi de maltraitance dans le sens d’un abus moral plutôt que physique, “c'est à dire d'un délaissement”, du manque de présence physique à la maison, ainsi que de l’absence de résponsabilité financière envers sa femme et ses enfants. Elle ne regrette pas sa décision: “Il ne faut pas rester misérable pendant des années soit disant pour protéger le foyer et les enfants ou sauver les apparences d'un point de vue social. Une mère misérable et malheureuse est incapable d’élever des enfants sains et mener une vie normale”. Selon l’organisation Human Rights Watch, le système de divorce appliqué en Égypte est discriminatoire envers les femmes : les hommes jouissent d’un droit unilatéral et inconditionnel. Ils n’ont jamais à se présenter devant un tribunal pour mettre un terme à leur mariage. Les femmes, par contre, doivent recourir à la justice pour divorcer. Ce faisant elles se trouvent confrontées a des obstacles sociaux, économiques et juridiques, souligne l'organisation.
Safaa Ismaïl. (www.lepetitjournal.com, Le Caire). 7 janvier 2008.
*khula = la femme obtient le divorce à condition de renoncer ses droits financiers et de rembourser la dot que lui a apporté son mari. |