|
Après des mois de négociations infructueuses, le groupe français Suez a décidé de quitter l’Argentine et de rompre son contrat avec Aguas Argentinas pour l’exploitation du service d’eau potable de Buenos Aires. Le gouvernement argentin souhaite maintenant être dédommagé
Les eaux grondent derrière les murs du siège d'Aguas Argentinas à Buenos Aires. (Photo : AFP)
La privatisation du service d’eau potable et d’égouts de la ville de Buenos Aires et de plusieurs communes alentours n’aura jamais coulé comme un long fleuve tranquille. Tarifs, réduction des investissements, modification des objectifs, ont fait l’objet de renégociations permanentes. Le contrat de concession établi entre Suez et Aguas Argentinas en 1993 prévoyait une durée de 30 ans d’exploitation, mais, hier le groupe français a confirmé son départ définitif d’Argentine.
Il y a dix jours, Suez, principal actionnaire de Aguas Argentinas (39,93%), avait interrompu les négociations en cours avec le gouvernement argentin et communiqué son intention de résilier sa participation dans le pays. Quelques jours plus tard, Agbar (Aguas de Barcelone), dont Suez est actionnaire à 47,1%, annonçait officiellement son retrait d’Aguas Argentinas dont il détenait 25,01%. C’est maintenant à l’Assemblée Générale d’actionnaires d’Aguas Argentinas d’émettre, ce jeudi 22 le verdict définitif.
Aguas Argentinas présente un passif financier très lourd : dettes de l’ordre de 450 millions de dollars US, un crédit non honoré avec la Banque Mondiale (90 millions de US dollars) et une rentabilité plus que déficitaire.
En pleine campagne électorale
Au cours des dernières réunions, Suez avait demandé une augmentation des tarifs de 48% et la prise en charge par le gouvernement argentin de sa dette envers le BID. Parallèlement, le groupe français souhaite maintenir son action auprès du CIADI. Suez s’est porté devant le tribunal de la Banque Mondiale traitant les litiges entre les investisseurs étrangers et les Etats nationaux contre le gouvernement argentin. La société réclame un dédommagement d’un montant de 1,700 millions de US dollars.
Tout cela intervient en pleine campagne d’élections législatives (en octobre) au cours desquelles le Président Kirchner espère obtenir un large consensus de la population. La réaction du gouvernement au départ de Suez ne s’est d’ailleurs pas faite attendre. Il s’apprête à saisir l’Inspection générale de justice sur "toutes les circonstances et faits liés aux graves irrégularités et au non respect des engagements prévus dans le contrat de concession".
En attendant, à New York, le président Kirchner s’est entretenu avec son homologue espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, en vue de lui demander son appui auprès de La Caixa, (principal actionnaire d’Agbar) pour que l’entreprise catalane revienne sur sa décision ou, tout au moins, qu’elle assure l’opérativité technique d’Aguas Argentinas.
Suzanne THIAIS. (LPJ) 21 septembre 2005 |