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Page 1 sur 2 Le coup d’état n’a pas sevré les thaïlandais de leur "thaksinomanie". Et pour cause, cette addiction vis-à-vis d’un ex-Premier ministre abhorré ou adulé masque une fracture sociale croissante. Après des décennies de développement économique, la réduction des inégalités constitue un sacré défi pour le probable gouvernement de coalition à venir – en mauvaise posture pour agir Évincé du pouvoir par la force puis harcelé sans relâche par le gouvernement intérimaire, Thaksin Shinawatra sera malgré tout omniprésent dans les esprits le 23 décembre au moment de voter (Photo Erik Dezeux)
L’homme chassé du pouvoir par le coup d’état du 19 septembre 2006 s’invite au cœur du débat électoral 2007. Pour beaucoup ces élections se résument à un affrontement entre supporters et opposants de l’encombrant Thaksin Shinawatra. La promesse d'un retour de l’ex-Premier ministre synthétise la plate-forme électorale du People Power Party (PPP), en tête dans les sondages et conduit par un vétéran de la politique thaïlandaise, Samak Sundaravej. Mieux encore, les programmes politiques de ses opposants portent désormais la marque de son approche populiste. Tous vouent désormais une attention accrue aux plus défavorisés en rivalisant de promesses sociales.
Un apprenti sorcier aspiré par le vide Même si Thaksin continue à bousculer la vie politique du royaume, on aurait tort de se focaliser sur une individualité turbulente. Pasuk Phongpaichit et Chris Baker soulignent dans un tout récent essai (1) que rien ne prédisposait l’homme d’affaires à devenir le héros de classes laborieuses auxquelles ses premiers discours accordaient peu d’attention. C’est seulement après ses tracas judiciaires pour dissimulation de patrimoine en 2000 "qu’il a recherché l’appui du peuple et est ainsi devenu le véhicule des aspirations populaires.(…). Le peuple l’a soutenu parce qu’il lui a accordé des crédits faciles et des soins médicaux bon marché mais aussi parce qu’il lui a conféré le sentiment de compter". Selon Giles Ji Ungpakorn, professeur de Sciences politiques à l’université Chulalongkorn : "le problème est qu’aucun parti ne représente réellement les intérêts des travailleurs et paysans pauvres". Profitant de cette carence, l’opportuniste magnat des télécommunications a donc incarné un besoin bien réel sur la scène politique thaïlandaise. -tout en s’affirmant résolument néo-libéral lors des tractations économiques internationales. Mais cette ambiguïté n’a pas pesé face à son souverain contrôle des médias. Renouvelant la communication politique via de feintes incursions dans sa vie privée, il a donné l’image d’une proximité jusqu’alors inédite pour un Premier ministre thaïlandais. P. Phongpaichit note qu’il a astucieusement conféré des mensurations nationales au costume du classique notable de province, paternaliste et bienfaiteur. Las ! Coup d’état et exil n’y ont rien fait. Par médias interposés depuis son île d’Elbe, Thaksin a d’autant plus facilement pérennisé le contact avec ses supporters qu’il avait su exacerber leur espoir d’une vie meilleure. Le vieux parti démocrate peine à renouveler son image Son principal opposant, le parti Démocrate, créé en 1946, peine à séduire l’important électorat des régions nord (8.3 millions d’électeurs) et nord-est (15.3 millions). Là, le souvenir du gouvernement de Chuan Leekpai (1997-2001) prime encore sur la personnalité de la nouvelle tête de liste démocrate, Abhisit Vejjajiva formé à Oxford. Dans le difficile contexte de la crise financière de 1997 le prix des produits agricoles s’était écroulé mettant nombre de fermiers en difficulté. Depuis la défiance s’est enracinée dans les rizières. Aujourd’hui la plateforme électorale raisonnable du parti Démocrate –investissement dans les infrastructures, réforme du système éducatif, amélioration de la compétitivité- trouve surtout un écho auprès des classes moyennes urbaines et instruites. Quant aux autres partis (voir notre encadré : Les règles du jeu électoral), ils semblent surtout à l’affût d’une place dans un probable gouvernement de coalition. "Ce sera un gouvernement faible qui durera environ un an. Dans cet intervalle un réajustement du jeu politique pourrait s’opérer", indique Pasuk. C’est l’hypothèse optimiste.
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