C’est avec trois jours d’avance que la "Troïka" a remis vendredi son rapport à Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations Unies, à l’issue des derniers 120 jours de négociations quant à la définition du statut du Kosovo. Sans surprise, ce rapport a constaté l’échec de la médiation.
Mais alors que beaucoup redoutaient une déclaration unilatérale d’indépendance dès lundi, seule, à Pristina, une manifestation de quelques deux mille personnes réclamant l’indépendance tout de suite est venue troubler le calme étrange qui règne au Kosovo.
A Bruxelles, on cherche l’unité
Ce calme trompeur masque cependant l’effervescence qui règne ailleurs. Les ministres des Affaires étrangères européens, réunis ce lundi, ont largement évoqué le dossier. Car à Bruxelles, on veut le consensus. Souhaitant éviter à tout prix les divisions des années 90, lors de l’éclatement de la Yougoslavie, l’Union européenne cherche à parler d’une seule voix. Celle de la reconnaissance d’une indépendance, fait acquis pour la majorité de ses membres. Ainsi, Le ministre suédois Carl Bildt, très impliqué dans les Balkans dans les années 90, a estimé "possible" que l'UE arrive à "une quasi-unité" pour reconnaître l'indépendance de la province lorsque les Kosovars albanais l'auront proclamée.
Reste que quelques uns sont toujours réticents, comme l’Espagne, la Slovaquie ou la Grèce, tandis que Chypre s’est déclarée opposée quoi qu’il arrive à cette indépendance. A Pristina, on a admis travailler de concert avec les Européens et les Américains en vue d’une "déclaration d’indépendance coordonnée". Une déclaration que Pristina considère désormais comme devant intervenir "avant mai 2008."
Mais à Belgrade, on ne renonce pas. Ainsi, Boris Tadić, le président serbe, vient de déclarer à la télévision qu’il proposera au Conseil de sécurité de l'ONU de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye afin qu'elle statue sur la légitimité d'une proclamation de l'indépendance du Kosovo. Ce faisant, Belgrade, qui jouit du soutient inconditionnel de Moscou dans ce dossier, se place plus que jamais sur le terrain du droit international. Si la Cour était effectivement saisie, ce serait une première.
Une campagne d’affichage
Mais Belgrade tente également ces jours-ci de convaincre… les Serbes. Depuis quelques jours en effet, une campagne d’affichage est apparue sur les grandes avenues de la capitale. On peut y voir les portraits de grands hommes d’état comme Kennedy, De Gaulle ou bien encore Churchill, accompagnés de citations célèbres, le tout souligné par le slogan : "Le Kosovo, c’est la Serbie".
Les prochaines semaines seront donc celles d’une diplomatie internationale dont le seul objectif dorénavant est de s’entendre sur la manière d’accompagner l’indépendance de la province Serbe, tout en contournant le veto russe au Conseil de sécurité.
François-Xavier DELISSE. (www.lepetitjournal.com - Belgrade) mercredi 12 decembre 2007