| Ecrit par Elise GRATON,
le 12-12-2007 23:00
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C'est au Tacheles que la chorégraphe Régine Chopinot a décidé de présenter sa nouvelle création: "Garage". Un décor brut et sombre pour une danseuse a priori avare de ses mouvements, le choix est judicieux. Car une question plonge le spectateur dans le noir : Régine Chopinot danse-t-elle vraiment ? Régine Chopinot, à la frontière des genres (Photo. Dieter Hartwig)
Régine Chopinot, née en 1952 en Algérie et directrice du Centre Chorégraphique National de La Rochelle depuis 1986, est l'une des chorégraphes contemporaines françaises les plus renommées. Ce statut, elle le doit à un certain non-conformisme grâce auquel elle a contribué au constant renouvellement de son art. Tout au long de sa carrière, débutée dans les années 1970, Régine Chopinot n'a jamais hésité à prendre le public à rebrousse-poil. Le confrontant d'abord à des créations énergiques, pleines d'humour et hautes en couleur (Jean-Paul Gaultier en signe les costumes de 1983 à 93), elle en profite pour mélanger les genres tels le texte, la vidéo ou la boxe - ce qui lui vaut la collaboration avec des plasticiens tels que Andy Goldsworthy ou de musiciens comme Ton-That Thiet et Bernard Lubat. Puis, à partir de 1994, elle effectue un mouvement contraire, inspirée par le yoga puis la danse vietnamienne, en développant une danse plus abstraite et intériorisée, destinée à interroger les notions de temps, de mémoire et de construction. Elle participe ainsi à la remise en question du mouvement chorégraphique et de sa commercialisation. Parallèlement à de nombreux artistes de renom, elle "non-danse"* - ce qui n'est pas sans consterner le public.
C'est une algue A Berlin, Régine Chopinot fait à nouveau preuve d'intransigeance. C'est discrètement que, tout habillée de noir, elle fait son entrée, suivie du musicien Gianni-Grégory Fornet. Celui-ci prend d'emblée place auprès de ses instruments à l'arrière de la scène. Quant à Régine Chopinot, elle prend le soin de la contourner à pas lents et concentrés pour en rejoindre l'avant. Ses cheveux courts et très blonds font quasiment concurrence à la faible luminosité des trois projecteurs positionnés face au public. Après avoir elle-même longuement considéré celui-ci d'un regard franc semblant vouloir dire bonjour, Régine Chopinot tourne la tête en direction de la rue et scrute un point invisible, haut, très haut sur le mur défraîchi, tout en évoquant du mouvement d'un bras dans son dos quelque chose de petit. Peut-être suggère-t-elle l'enfant que tout le monde a été, qui sait, et qu'elle inviterait à grandir sans se défaire de ses idéaux ? Les accords de guitare qui l'accompagnent sont beaux. Ils rappellent la mer. Régine Chopinot se couche sur le dos et déploie avec souplesse jambes et bras dans la mi-obscurité. On croirait entrevoir une algue. Puis la musique se durcit, perd de sa virtuosité, se banalise, tandis que la danseuse disparaît au fond de la salle. Derrière les projecteurs, elle entame une série de mouvements effrénés. Tout spectateur nyctalope pourra le confirmer... Car honnêtement, on n'y voit presque rien. Le public s'impatiente. Au pire, il s'assoupit. Dommage, il est en train de manquer une rencontre à laquelle il est vivement convié : celle d'une autre conception du spectacle où la danse est ailleurs que dans la danse. Elise GRATON. (www.lepetitjournal.com – Berlin) jeudi 13 décembre 2007 Pour en savoir plus : CHOPINOT GARAGE - "Little Dance Garage" - Kunsthaus Tacheles, Oranienburger Straße 54-56a, 10117 Berlin. Représentations du 12 au 16 et du 19 au 21 décembre à 20 heures.
*"Danse ou non-danse : par où la danse ?". Essai sur la danse contemporaine - Centre Pompidou 2004 - www.centrepompidou.fr
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