Le coin DVD par Gérard CAMY COFFRET : KENJI MIZOGUCHI, LES ANNEES 30 Gérard CAMY. www.lepetitjournal.com - MonacoTrois œuvres rares de Kenji Mizoguchi, trois préludes à ses futures œuvres d’après-guerre, dont la mise en scène épurée, limpide capte les sentiments humains avec une élégance rare et un réalisme sans fard. Toutes trois s’inscrivent parfaitement dans les affres de la société japonaise de l’époque.  DVD 1
La cigogne en papier (Orizuru Osen, 1935) avec Isuzu Yamada, Daijiro Natsukawa. Dans une gare noyée d'obscurité, Osen, ancienne prostituée que le temps a meurtri et Sokichi, médecin égaré dans ses pensées se croisent. Il y a longtemps, Sokichi avait quitté son village pour faire ses études de médecine. Obligé de faire le serviteur pour avoir un toit et ne pas mourir de faim, il avait rencontré Osen qui l’avait pris en pitié et aidé financièrement. Celle-ci, contrainte de participer aux activités douteuses d’une bande de voyous, escroquait alors la plupart de ses clients. Mizoguchi revient avec ce dernier film muet sur le destin brisé d'une femme que la société et les hommes ont avili et asservi. Avec délicatesse mais aussi une amertume féroce, il construit une histoire en flash back qui s’approche par sa forme du mélodrame américain mais reste profondément japonais dans l’esprit. C’est avec ce film que Mizoguchi amorça sa si belle collaboration avec la grande et merveilleuse Isuzu Yamada dont il dira : « C’est une actrice admirable. Pour elle, jouer est déjà une manière de vivre bien ou mal, mais de vivre. » Suppléments Comme toujours, les « bonus » voulus par Carlotta sont riches avec deux documentaires aux explications précieuses : L'art du benshi (12 mn) revient, à travers plusieurs témoignages, sur le rôle joué par ses bonimenteurs d’exception qui à l'orée du cinéma muet et jusqu'à son apogée, racontaient le film aux spectateurs nippons. C’est passionnant. La Cigogne en papier : en direct avec un benshi (15mn) est le parfait complément du précédent. On assiste en effet pendant une séquence du film au récit du film assuré par le vénérable Osamu Kuroi, expert en la matière et qui se faisant, nous livre La Cigogne en papier tel qu'il fut découvert par le public local dès sa sortie. C’est étonnant. DVD 2 Oyuki, la vierge (Maria no Oyuki, 1935) avec Isuzu Yamada, Daijiro Natsukawa. Oeuvre historique et fresque romantique à sa manière, ce film transpose la nouvelle « Boule de Suif » de Guy de Maupassant dans une atmosphère japonaise à l’époque de la guerre de Seinan (1878). Oyuki, une prostituée, fuit l’armée impériale. Elle voyage avec Okin, une autre prostituée issue également des classes populaires et quelques nobles et bourgeois méprisants. Arrêtés en route et faits prisonniers, ces bourgeois veules vont devoir choisir, soit sacrifier leur progéniture, soit livrer aux militaires et à l’horrible mais séduisant commandant qui les dirige, les deux jeunes femmes. Parcourant à sa manière les sentiments humains et, Mizoguchi cerne progressivement l’attitude de ces gens fortunés, enfermés dans leurs obsessions de classe et prêts à tout pour sauver leur peau. Un film plutôt étonnant où se mêlent la vigueur d’une dénonciation politique et sociale, une réflexion sur la mutation radicale du japon à cette époque, un parcours sinueux à travers les sentiments humains et un regard douloureux sur le sort peu enviable réservé aux femmes. Les Coquelicots (Gubijinsô, 1935) avec Kuniko Miyake, Ichiro Taukida. Inoue, un vieux professeur à la retraite accompagne sa fille Sayako à Tokyo pour la marier à Ono, son ami d’enfance. Mais le jeune homme est séduit par Fujio, une jeune fille moderne fiancée à Munechika. Ono décide alors de quitter sayako. Les Coquelicots s'éloigne de l'oeuvre intimiste et joyeuse que laisse supposer son titre et ses premiers instants. L’histoire d’amour devient peu à peu douloureuse pour déboucher sur un ballet tragique où humiliation et rancune brisent les êtres. Mélodrame puissant et esthétiquement majestueux autour d’une femme une fois encore outragée, cette œuvre remarquable propose une magistrale confrontation entre deux Japon, celui du devoir et de la tradition et celui plus libertaire et audacieux de la modernité. Supplément
Isuzu Yamada, une vie d'actrice (19mn) nous faire découvrir le parcours atypique et exceptionnel de celle qui fut sans conteste la première « muse » du cinéaste et joua aussi bien pour Mizoguchi que pour Ozu, Kobayashi ou Naruse. Ce documentaire instructif à la narration presque fictionnelle expose avec une rare clarté, le destin filmique de l'actrice dans l'histoire de son art et dans celle de son pays. Remarquable. EN EDITION SINGLE COLLECTOR UN AUTRE MIZOGUCHI : LES SOEURS DE GION En complément du magnifique coffret décrit plus haut, les éditions Carlotta Films proposent pour notre plus grand plaisir un des premiers chefs d’œuvre du maître Kenji Mizoguchi :
Les Sœurs de Gion (Gion no shimai) réalisé en 1936 avec Isuzu Yamada, Yoko Unemura et Benkei Shiganoya et toujours présenté avec talent par Pascal Vincent. Dans le quartier de Gion réservé aux geishas vivent Umekichi et Omocha, deux sœurs que tout oppose. Si la première est d’une éducation traditionnelle et accepte la soumission au désir masculin, la seconde réfute sa condition. Quand un ancien client proche d’Umekichi emménage chez elles après la faillite de son magasin, Omacha imagine un plan et met à profit sa théorie sur les hommes. Mais d'espoir en désillusion, le destin sera aussi cruel pour l'une que pour l'autre Seconde collaboration entre Kenji Mizoguchi et le scénariste Yoshikata avec lequel il travaillera pendant plus de vingt ans, cette œuvre est aussi l’une des pièces maîtresses de la filmographie du cinéaste. En mettant en exergue la situation de la femme comme injustice fondamentale de la société, Mizoguchi amorce sa principale thématique, affirme clairement une mise en scène puissante. Il signe l’une de ses œuvres les plus sombres et les plus marquantes, mélodrame poignant et tragique où le Japon est décrit sous un jour cynique et pessimiste avec ses femmes toujours outragées et méprisées. A découvrir absolument. Suppléments Un film d'apprentissage (15 mn) est une remarquable introduction au film signé Charles Tesson. Celui-ci délivre un commentaire analytique riche et précieux, enthousiaste et rigoureux, qui livre les clés historiques et esthétiques permettant d’apprécier au mieux ce grand film. Geishas de Gion, l'art de paraître (52mn) est un documentaire signé Antoine Lassaigne qui revient sur la situation actuelle des geishas dans le quartier réservé de Kyoto, décor du film Les Soeurs de Gion. Parcourant le quartier des plaisirs et explorant les pratiques et coutumes qui font des geishas, des artistes d'exception, Lassaigne propose un regard plaisant, un tantinet didactique mais très complet. |