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Gaston Jean-Marie Kaboré est considéré comme un maître du cinéma africain. Réalisateur du premier long-métrage burkinabé en 1982 (Wênd Kûuni), il a été directeur du Centre national du Cinéma du Burkina-Faso et de la Fepaci *. Invité d’honneur du festival Panafricana où lui a été remis le prix Lezioni di Cinema, il était à Rome pour défendre ses films et faire connaître le cinéma africain. Comment êtes-vous venu au cinéma ? J’ai fait des études d’Histoire au Burkina-Faso puis je suis venu en France, à Paris où j’ai fait un mémoire sur la représentation iconographique de l’Afrique dans la presse illustrée en France au XIXème siècle. Je me suis alors rendu compte que tout était fait du point de vue des Européens et que même les historiens européens, sans pour autant être malhonnêtes, parlaient de leur point de vue d’Européens. J’ai donc décidé de parler de l’Afrique en tant qu’Africain et le cinéma me paraissait le meilleur moyen pour atteindre mon but.
Gaston Kaboré à la Villa Médicis (E.F.) Quel film vous a marqué et décidé à faire du cinéma ? Sans conteste, Borom Sarret de l’écrivain et réalisateur sénégalais Sembène Ousmane. Cette histoire m’a beaucoup marqué car c’est l’histoire d’un Africain contée par un autre Africain. Je me suis dit alors que nos tranches de vie, nos destins sont tout aussi cinématographiques que les autres. | "J’ai envie de raconter aux Africains que c’est une chance d’être né en Afrique." |
Les histoires de vos films sont assez simples, comme des contes. Que recherchez-vous par ce biais ? C’est souvent en parlant du plus particulier qu’on peut arriver à toucher le plus de monde. En quelque sorte, mes films ont une valeur exemplaire. Y a-t-il un peu de vous-même dans chacun de vos films ? Probablement même si cela n’est pas fait exprès. Je ne me demande jamais qui m’incarne quand je réalise un film mais on s’investit forcément beaucoup en tant que personne. C’est à partir de notre propre personne qu’on approche le monde, c’est notre véhicule et notre outil d’exploration. De même, on ne sort jamais indemne d’un film, on y met tellement de soi. On n’est plus le même après. Avez-vous des adages qui guident votre pensée ? Il y a trois phrases auxquelles je pense souvent. La première de Shakespeare dans Macbeth : "Bien souvent les hommes sont malheureux du peu qu’ils n’ont pas et ne savent pas profiter du beaucoup qu’ils ont." Elle me va très bien car j’ai un grand problème de vision et cela peut sembler incompatble avec le fait de faire du cinéma mais on peut toujours faire beaucoup avec peu. La deuxième de Che Guevara : "Soyons réalistes exigeons l’impossible." Et la troisième d’un égyptologue autrichien qui disait en parlant des constructeurs des pyramides : "Comme ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait." Propos recueillis par Eloïse FAGARD (www.lepetitjournal.com – Rome) jeudi 12 décembre 2007 *Fepaci : Fédération panafricaines des cinéastes |