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Le premier ministre François Fillon a fait de l'économie l'une des priorités de son séjour en Argentine. Il présidait, samedi, un forum franco-argentin rassemblant près de 150 chefs d'entreprises (François Fillon, à table, samedi, fait face à Julio de Vido et Christine Lagarde)
"Tout porte à croire que l'Argentine, comme l'a plusieurs fois dit le président Kirchner, est sortie du purgatoire, reste à la mener au paradis". Dans son discours d'inauguration du forum économique franco-argentin, que le Premier ministre français présidait samedi devant 150 chefs d'entreprises, François Fillon s'est montré volontaire. Les relations franco-argentines doivent retrouver toute leur vitalité. Echaudées par la crise financière de 2001, il est temps dorénavant de penser à l'avenir : "Je n'ignore rien des hésitations, des frilosités que la crise a pu inspirer à certains industriels français, a continué le Premier ministre, je crois à la nécessité de reconstruire ensemble une relation forte". En 2001-2002, de grandes sociétés françaises ont quitté le pays: France Télécom, le Crédit agricole, la Société générale, EDF, tandis que Suez et Véolia s'affranchissaient de leurs contrats les liant aux autorités argentines en les assignant, au passage, devant le tribunal de règlement des conflits de la Banque Mondiale (1). "Nous avons eu la sensation que la France nous abandonnait; en fait plusieurs de ces entreprises venaient d'être privatisées, elles avaient des problèmes juridiques" a relativisé ce financier argentin, dont la société s'est associée, il y a trois ans, avec une entreprise française. Sur fond de forte croissance, la tendance est à la dédramatisation. "Les entreprises qui sont parties sont une petite minorité, a affirmé Jean-Edouard de Rocheboët, président de la chambre de commerce, d'autres ont misé depuis longtemps sur l'Argentine et ont poursuivi leur stratégie".
Un obstacle majeur Aujourd'hui, on dénombre près de 250 filiales françaises intervenant en Argentine. Les sociétés de distribution bleu blanc rouge contrôlent la moitié du marché national tandis que Renault et Peugeot totalisent, à elles deux, le quart des ventes des voitures nationales. Peugeot, au plus fort de la crise, continuait à investir en Argentine sous l'impulsion de son directeur argentin Luis Ureta Saenz Peña. Celui-ci vient d'être nommé ambassadeur argentin en France. "L'Argentine a eu et aura d'excellentes relations avec les entreprises françaises" a confirmé le ministre argentin de l'aménagement du territoire, Julio de Vido, intervenant à son tour pendant le forum, même s'il s'est bien gardé d'évoquer le sujet, pourtant crucial, de la dette de Paris. Un peu avant, François Fillon avait pourtant rappelé "qu'engager des négociations réalistes avec les créanciers publics de l'Argentine, et d'abord avec le Club de Paris, c'est rouvrir à nos deux pays le bénéfice d'opportunités considérables en termes de contrats et d'équipements". Un autre Français pourrait faire évoluer la situation. Dominique Strauss Kahn, président du FMI, qui sera également présent lors de l'investiture de Cristina Kirchner, aura, mardi, un rendez-vous avec la nouvelle présidente. La conversation abordera le mécanisme qui pourrait permettre à l'Argentine de restructurer sa dette de 6,2 millards de dollars contractée auprès des 19 pays composant le Club de Paris.
Alstom seul en lice Depuis 2005, alors que l'Argentine arrachait un accord dans lequel 76% des créances impayées seraient échangées contre d'autres obligations de plus faible valeur et à échéance plus lointaine, une extrême prudence règne sur les marchés financiers. "Des entreprises se tiennent prêtes à répondre à des projets prometteurs, dans le domaine de l'énergie ou des transports. Elles attendent pour cela que des perspectives claires de financements leur soient garanties" a souligné François Fillon. Ainsi les Pdg de Danone, de Total et d'Alstom notamment accompagnaient le Premier ministre ce week-end. Le groupe industriel français Alstom a été désigné comme seul candidat à la construction de la première ligne ferroviaire à grande vitesse - 310 km entre Buenos Aires et Rosario. Cet investissement est chiffré à 1,32 milliard d'euros. Mais sa concrétisation dépendra du remboursement de la dette du Club de Paris. "La situation de l'Argentine permet aujourd'hui de régler cette dette", insiste le Premier Ministre qui verrait bien le prochain G7 de Tokyo, prévu en février, solder ce dossier. Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) lundi 10 décembre 2007
(1) Véolia a obtenu gain de cause auprès du tribunal de la banque mondiale en août dernier. L'Argentine a été condamnée à verser au groupe 80 millions d'euros de dommages et intérêts. |