|
La fantasmagorie technologique du metteur en scène canadien, Denis Marleau, a fortement ébranlé le public porteño, au point que celui-ci, fasciné par les 12 visages au teint de cire, a eu bien du mal à sortir de la salle !
Des visages de cire aux yeux clos, un regard vide, des voix, des êtres plongés dans une obscurité sans guide, transmettent l’angoisse de l’inconnu. (Photo : Courtoisie du FIBA)
Après une tournée internationale de grande envergure, Denis Marleau a fait une halte remarquée à Buenos Aires pour la cinquième édition du FIBA (voir Lepetitjournal.com du 29 juillet 2005).
Les dialogues de cette pièce, que Maurice Maesterlinck écrivit en 1890, sont étonnamment d’actualité. Épurés, tout comme la mise en scène, ils évoquent la fragilité des êtres humains devant l’inconnu et en l’absence de guide.
Denis Marleau, en suivant les pensées avant-gardistes de l’auteur, qui croyait à la totale disparition de la présence humaine sur scène, fait preuve une nouvelle fois d’une grande créativité scénique avec sa pièce Les aveugles.
Présentée dans la salle Villa Villa du Centre Culturel Recoleta, le public rentre directement dans la salle obscure, avec pour seule source de lumière la projection vidéo de douze visages sur la scène. L‘illusion est parfaite.
Une prouesse technologique et artistique
Douze aveugles attendent désespérément le retour de leur guide, un prêtre de l’hospice où ils demeurent. Le dialogue est l’unique manière de sortir de leur torpeur. Les questions fusent : « Où sommes-nous, quelle heure est-il ? » Le public est perdu dans le noir le plus total… « Où sommes-nous ? » Dans une forêt, près d’un rivage… « Qui me touche? » Une feuille, la pluie… « Qu’entends-je ? » La mer, un chien qui s’approche… « Qui parle, qui prie, qui pleure, qui est mort ? »…
La perte de repères spatio-temporels, l’angoisse face à l’inconnu et la mort sont traitées virtueusement par Denis Marleau.
Le public écoute et scrute intensément la projection vidéo de ces visages sortant de la pénombre, ces yeux qui vont et viennent dans le néant. L’interactivité émotionnelle est telle qu‘au final de la représentation, une voix provenant du public questionne à voix haute: « S’il vous plaît qui êtes-vous ?»… « Dites-nous où nous sommes »… Mais sans espoir de réponse… Le public se lève alors peu à peu pour se rapprocher de la scène et tenter de distinguer par quelle magie tient cette illusion…
Gabrielle GONZÁLEZ. (LPJ) 20 septembre 2005
– Maurice Maeterlinck, Menus Propos – Le Théâtre, 1890
« Il faudrait peut-être écarter entièrement l’être vivant de la scène. Il n’est pas dit qu’on ne retournerait pas ainsi vers un art de siècles très anciens, dont les masques des tragiques grecs portent peut-être les dernières traces. Sera-ce un jour l’emploi de la sculpture, au sujet de laquelle on commence à se poser d’assez étranges questions ? L’être humain sera-t-il remplacé par une ombre, une projection de formes symboliques ou un être qui aurait les allures de la vie sans avoir la vie ? Je ne sais ; mais l’absence de l’homme me semble indispensable. » Plus d'infos : http://www.festivaldeteatroba.gov.ar |