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Aujourd'hui directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde dont 3 en Amérique latine. Il intervient ce soir au SESC Pinheros. Interview
Edgar Morin (Photo AFP)
"L'espérance éthique et politique est de conduire plus et mieux qu'une révolution, une métamorphose". Regardez ce qui se passe quand une chenille entre dans une chrysalide pour devenir un papillon. Ce qui se passe, c’est que tous les systèmes immunologiques de la chenille se tournent contre elle et qu’elle commence à se détruire elle-même en tant que chenille. Elle détruit tout, son système digestif y compris. Seul le système nerveux est sauvegardé et cette destruction est en même temps la création d’un être nouveau qui, avec grande difficulté, une fois la chrysalide déchirée, va pouvoir prendre son vol : le papillon." Par ce genre de pensée, Edgar Morin exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen, mais aussi en Amérique Latine, en Chine, en Corée et au Japon. Il intervient ce soir dans le cadre des cycles de conférences L´humanité au XXIème siècle.
Lepetitjournal.com : Ne pensez-vous pas que la mondialisation est un "accélérateur de particules" qui modifie la démocratie ? Edgar Morin : De toute façon, le processus de mondialisation modifie toute chose. Il tend vers une société monde. On constate que la démocratie a rencontré de nombreuses difficultés, en Europe et ailleurs. Aujourd´hui, les processus de mondialisation dégradent la démocratie, les citoyens sont dépossédés, on entend et on s´adresse aux seuls experts.
LPJ : Vous croyez que nous sommes entrés dans une ère de "l´impuissance de la puissance" ? EM : Ça dépend ce que vous appelez l´impuissance... Il n´y a pas de possibilité de contrôler les processus de développement scientifique, technique et économique ; par contre, il y a une impuissance de l´intelligence et de la pensée, comme s´il y avait un aveuglement à ne pas voir tous ces problèmes. Il faut arriver à une évidence des processus - par exemple la dégradation de la biosphère - pour qu´il y ait plus de conscience. Le probable n’est pas toujours arrivé et même, souvent, de façon très heureuse, l’improbable est arrivé.
LPJ : Les politiques n´écoutent pas assez les philosophes ? EM : Ce n´est pas très grave, la plupart des philosophes tournent en rond et ne s´intéressent pas aux problèmes du monde. D´autre part, il y a une inculture croissante des politiques, à gauche comme à droite. Il n´y a plus de penseurs comme Marx, Tocqueville, Prudhon ou Fourier ; la politique est aux mains d´experts...
LPJ : Qu´est-ce qui vous attire en Amérique latine depuis si longtemps ? EM : J´ai toujours eu envie de connaître ce continent, les Amérindiens, les musiques andines. J´ai toujours été attiré par ces pays, un lien sentimental, affectif et intellectuel qui a nourri mes pensées sur la complexité. Propos recueillis par Joseph SIVIERI. (www.lepetitjournal.com - São Paulo) lundi 10 décembre 2007
Conférence au SESC Pinheiros lundi 10 décembre à 20 h sur le thème "L´humanité au XXIème siècle". Les 1000 places de la salle sont déjà réservées. Intervention retransmise en direct sur Internet : www.universodoconhecimento.com.br
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