|
Le long même de l’avenida Paulista, trois grandes galeries commerciales abritent près de 500 magasins de CD et DVD piratés, contrefaçons et marchandises importées illégalement. Comment ces commerces parviennent-ils à défier à la législation ?
Shopping Stands Center, sur l'avenida Paulista © Laurent Guerinaud Photography Le commerce de produits contrefaits, piratés ou importés illégalement est très développé à São Paulo : la rentabilité de cette activité a entraîné la multiplication des points de ventes un peu partout dans la ville. Rien que le long de l’avenida Paulista, trois galeries tout à fait officielles et bien connues sont "spécialisées" dans ce type de commerce : les fameux shoppings Stands Center (180 magasins) et Promocenter (162 magasins) ainsi qu’une galerie sans nom de 149 magasins située au coin de la rua Pampelona… A la vue de tous, ces shoppings défient les pouvoirs publics. Il y a bien eu plusieurs descentes de police dans ces galeries avec saisie de la marchandises - la plus récente datant du mois dernier au Stand Center- mais dès le lendemain, les activités reprennent avec de nouveaux produits ! En effet, la loi autorise les opérations de saisie et la destruction des marchandises, mais ne permet pas d’imposer la fermeture, même provisoire, des établissements incriminés. Pour contourner cette interdiction, la préfecture et le gouvernement ont décidé de s’unir afin de chercher une faille dans la constitution de ces institutions ou dans la structure des bâtiments pour pouvoir imposer leur fermeture.
Un seul magasin vend des CD et DVD légaux sur la Paulista : la FNAC ! Le phénomène a pris une ampleur telle que les autres magasins ont dû progressivement fermer, faute de pouvoir faire face à cette concurrence déloyale. Les chiffres communiqués par la Recette Fédérale donnent le tournis : 855 millions de reais de marchandises ont été saisis en 2007, entre janvier et octobre, dont 22% pour la seule ville de São Paulo. Cela représente 8,6 millions d’articles, alors qu’en 2006, il s’en est saisi 794.000… Les principaux produits concernés sont bien sûr les CD et DVD piratés, mais aussi les nombreuses contrefaçons de vêtements, bijoux et autres objets de marques prestigieuses ainsi que les articles importés illégalement, à savoir sans paiement de la taxe à l’importation. Un projet de loi plus sévère est en discussion au Sénat. Il prévoit entre autre la suspension de toute activité entreprenariale liée au piratage ou à la contrebande. En plus d’un durcissement de la législation, les spécialistes insistent sur la nécessité d’investir dans des campagnes de sensibilisation des consommateurs. "En achetant un produit piraté, le consommateur finance les trafiques d’armes et de drogue", rappelle André Franco Montoro Filho, président de l’Institut Brésilien d’Ethique de la Concurrence (ETCO). La contrebande entre dans le pays par les mêmes circuits que la drogue." Laurent GUERINAUD. (www.lepetitjournal.com - São Paulo) mercredi 5 décembre 2007
|