|
ROMAN - Besson, un retour à soi-même |
|
|
| Ecrit par Herve HEYRAUD,
le 15-09-2005 22:00
|
|
Un instant d’abandon, le sixième roman de Philippe Besson, raconte le retour en Cornouailles d’un homme chargé du pire des crimes. Sur le thème de la culpabilité, il livre un texte fragile et troublant
Sa fibre personnelle fait de Besson un auteur à succès. (Photo : AFP)
Lorsque l’histoire que nous raconte Philippe Besson dans Un instant d’abandon commence, la vie de Thomas Sheppard a déjà basculé. En sortant de prison, il revient sur les terres d’un drame, dans le crachin et l’immobilité immuable de Falmouth, un petit port de Cornouailles.
Ici, chacun connaît l’horreur dont il est porteur. Son enfant est mort en mer, il y a cinq ans. Ceux avec qui il peut renouer le dialogue sont rares. Il y Ravij, un épicier pakistanais, un peu en marge, comme lui. Il y a Betty Callaghan, qui travaille chez un vendeur de journaux et qui n’hésite pas à s’afficher avec lui. Mais, dans sa tentative de reconstruction, Thomas Sheppard attend quelqu’un, rencontré pendant ses années d’enfermement. Du pécher au salut En choisissant un argument aussi dramatique, Philippe Besson prend plusieurs risques. On peut peiner à s’attacher à une culpabilité infanticide ou redouter la délectation morbide et voir une forme de facilité dans le choix d’un argument aussi spectaculairement atroce. D’autant plus que les titres des quatre parties qui composent le roman ne font pas dans la demi-mesure : le pécheur, la faute, le châtiment, le salut. Pourtant, derrière les grands travaux sur la culpabilité, la reconstruction et des relents d’érotisme carcéral d’un goût douteux, la fibre personnelle de Philippe Besson parvient à vibrer. C’est lorsqu’on a le sentiment que les fragilités et les obsessions intimes viennent à bout des ambitions du pur auteur de fiction que le livre tient le mieux les promesses de son titre. Un vrai moment d’abandon…
Jean Marc JACOB. (LPJ) 16 septembre 2005
Un instant d’abandon – Philippe Besson (Julliard) - 214 pages – 18 euros www.juillard.com
Également en librairie : Véronique Ovaldé & Eric Laurrent — Déloger l’animal, Véronique Ovaldé (Actes Sud) : La narratrice de Déloger l’animal est une sorte de grande petite fille. À 15 ans, Rose est scolarisée dans un institut spécialisé et a parfois "une petite folle" en elle. Sa mère, avec qui elle partage le même prénom, quitte soudainement la maison, la laissant avec son père, qu’elle croit directeur de cirque. Dans ce monde un peu opaque, Rose réinvente l’histoire de ses proches. Très joliment écrit, le roman de Véronique Ovaldé établit des passerelles entre la vision de l’enfant et la dureté du monde adulte. Beaucoup de sensibilité sans une once de sensiblerie. — Clara Stern, Eric Laurrent (Les éditions de minuit) : Une rencontre amoureuse, une femme mariée, le désir, la frustration, des exutoires, une fuite en Italie… Une banale histoire d’amour impossible en somme, pour un dandy soi-disant à l’abri des sentiments. Tout est alors dans la manière de le dire, et Eric Laurrent n’économise pas. On pourra trouver Clara Stern d’une préciosité insupportable. Mais, on peut aussi se laisser séduire et sourire d’aise devant tant de passé simple, de mots rares et de sophistication distante. Au-delà du trop écrit. (LPJ – 16 septembre 2005)
|