Suite aux élections européennes de dimanche dernier qui ont vu la victoire de l'oppostion et au référendum sur le vote uninominal, Lepetitjournal donne la parole à trois experts. Que retiennent-ils de ces deux scrutins ? Pourquoi une si faible participation ?
Tableau des résultats partiels des élections européennes (photo: realitatea.net).
Mircea Kivu, sociologue : "Je m’attendais à une petite participation (ndlr : 27%). Je pense qu’il existe deux motifs à cela. Tout d’abord, il n’y a eu aucun intérêt pour ces élections de la part des partis politiques. Par ailleurs, en Roumanie, les problèmes européens ne sont pas vraiment débattus. Ici, on ne discute pas ou très peu de l'Europe et les gens n’ont sûrement pas compris pourquoi il fallait qu’ils se mobilisent. Concernant les résultats, certains partis ont créé la surprise. Si l’on additionne les résultats de l’UDMR (parti de la minorité magyare) et du candidat indépendant Laszlo Tokes (ancien membre de l’UDMR), on obtient presque 10%, alors que, selon les statistiques officielles, cette minorité ne représente que 6% de la population. Pour le référendum, je pense qu’il y a eu une grosse confusion. Le président Traian Basescu a changé la question. Au lieu de demander si l’on était pour ou contre le vote uninominal, il a voulu imposer sa variante qui est celle d’un modèle majoritaire. Ceux qui ne voulaient pas de cette version ne sont tout simplement pas allés voter."
Florin Turcanu, professeur à la faculté de Sciences politiques de Bucarest : "Il est clair que la faible participation est un blâme à l’adresse de la classe politique que les électeurs ont voulue désapprouver. Et puis ces élections ne se sont pas déroulées dans un climat approprié. Il n’y a eu quasiment aucun débat. Pour cela, il aurait fallu qu’elles se déroulent quelques mois seulement après l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne. L’abstention est aussi due au nombre élevé de Roumains qui vivent à l’étranger et qui ne sont pas allés voter parce que les conditions étaient difficiles, les points de vote pas assez nombreux. La seule chose positive est que le PRM et le PNG (ndlr : partis populistes) n’enverront aucun homme au Parlement européen. Ça prouve que les extrémismes et la démagogie populiste perdent de la vitesse en Roumanie. Concernant le référendum, je pense que l'abstention démontre que la majorité des gens a voulu désapprouver la classe politique dans son ensemble, et pas seulement Basescu."
Silviu Sergiu, responsable du département politique au quotidien Evenimentul Zilei : "Le fort taux d'abstention de ce dimanche a plusieurs motifs. Les thèmes de la campagne pour les élections européennes n’ont pas attiré les Roumains. Les politiciens ont alors misé sur des thématiques internes, ce qui a fait naître une confusion. Ensuite, ce scrutin a été doublé par le référendum sur le vote uninominal, ce qui a conduit à augmenter cette confusion. Enfin, les partis politiques ont investi peu d’argent et de ce fait, les citoyens n’ont pas été bien informés. Le PLD (Parti libéral démocrate), qui a mis de l’argent dans sa campagne car il avait quelque chose à confirmer, lui, a obtenu de bons résultats. Pourtant, je ne pense pas que ce scrutin soit un indicateur fiable pour les élections législatives de l’année prochaine, car les Roumains sauront alors pourquoi ils vont voter et sans aucun doute il y aura plus de participation. Pour le référendum, les électeurs ont été encore plus durs et l’abstention plus élevée. Car pourquoi aller voter alors que le gouvernement a déjà assumé sa responsabilité sur le vote uninominal ? Le modèle de Basescu n’a pas été suffisamment expliqué." Propos recueillis par Jules RAVAUD. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) mercredi 28 novembre 2007