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INTERVIEW - Patricio Guzman : "La patrie c’est un sac à dos que chacun porte toute sa vie" |
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dimanche 25 novembre 2007 |
Le cinéaste chilien Patricio Guzman (La bataille du Chili, 2001 - Salvador Allende, 2004) a clôturé dimanche le XIe festival de films documentaires dont il est l’instigateur. Rencontre avant son retour en France, où il vit
Depuis la fin de la dictature (1989), est-ce plus facile de tourner un documentaire au Chili ?
L’arrivée de la démocratie ne signifie pas l’arrivée du dialogue. La démocratie en 1989 est arrivée seulement de façon formelle. La vraie transition politique a commencé au moment où Augusto Pinochet a été arrêté à Londres (16 octobre 1998, ndlr). C’est à ce moment là que le peuple a pris conscience de sa liberté. Avant non, c’était très difficile de faire un documentaire pendant la période qui a précédé l’arrestation de Pinochet. A la fin de chaque dictature, il y a une période d’inertie. En Espagne par exemple, l’ombre de Franco a continué à planer pendant 15 ans après sa mort. La frontière entre dictature et démocratie est longue et diffuse.
Cette année, les crédits ministériels attribués au FIDOCS (Festival du documentaire de Santiago créé par Patricio Guzman en 1997, ndlr) ont été amputés de 10 millions de Pesos. C’est en lien avec cette inertie ?
Je crois que le documentaire est trop souvent négligé, et pas seulement au Chili. Le documentaire n’est pas pris au sérieux. Je suis vraiment indigné de cette décision inopportune et injuste. A l’inauguration du Festival, la ministre a mentionné quelques chiffres correspondants à quelques aides, mais le problème n’est pas là. Ce n’est pas un problème de chiffre, c’est un problème de compréhension. Que signifie le documentaire dans notre pays ? La télévision ne passe pas de documentaire, il n’existe aucun espace dédié au documentaire. Si l’Etat en plus enlève 10 millions cela ne peut pas aller.
Vous vivez à Paris, parce que cela vous permet de travailler plus sereinement ou par confort ?
J’aime Paris, j’aime la France ! Pour ma génération, le Chili est un pays francophone. Maintenant non, c’est un pays américanisé. J’ai vécu aussi pendant plusieurs années en Espagne, j’ai la double nationalité chilienne et espagnole. Je peux donc travailler dans la communauté européenne. Je pense que la patrie c’est un sac à dos que chacun porte toute sa vie. Si un Chilien par exemple préfère aller vivre à Melbourne, en Nouvelles Zélande, je suis sûr que dans son sac à dos il a emporté la cuisine, quelques objets, quelques couleurs. Dans mon cas, mon sujet principal c’est le Chili. Je continuerai à faire d’autres films sur le Chili, je tournerai au Chili, mais je pense que c’est mieux que je vive en dehors du Chili. Cela me permet de prendre de la distance. Je pense que la distance exacte d’un documentaire est la distance d’un exilé. Être dehors pour pouvoir mieux cerner l’atmosphère, la société chilienne, et cela marche. Mais comme beaucoup de choses dans la vie, c’est une contradiction permanente. Mais il y a des moments où j’ai besoin d’être au Chili, c’est la nostalgie…
En ce moment, travaillez-vous sur d’autres documentaires ?
Je travaille depuis deux ans sur un nouveau documentaire sur le Chili. Ce pays moderne m’intéresse beaucoup : le tunnel dans le fleuve Mapocho, les grattes ciels… Je veux poser des questions comme : "Que signifie cette richesse ?" "Pourquoi les investisseurs étrangers qui viennent ici disent que le Chili est un paradis pour les entrepreneurs du monde entier ?", "Que se passe-t-il dans les quartiers populaires ?" Je veux faire un film sans archive, un film sur le présent. Propos recueillis par T.L. (www.lepetitjournal.com Santiago) lundi 26 octobre 2007
Le prix de l’Ambassade de France du festival du documentaire a été décerné au documentiare chilien “La Sombra de Don Roberto” de Juan Diego Spoerer y Hakan Ángstrom (photo). Un film qui parcours l’ancienne mine de salpêtre de Chacabuco, à l’intérieur d’Antofagasta, à travers le récit d’un vieil homme qui y est né et qui, plus tard, a été obligé d’y retourner comme prisonnier politique sous la dictature de Pinochet. Le prix pour les gagnants consiste en un voyage en France, tous frais payés, au festival cinématograpique de leur choix.
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