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PSYCHO - L’expatriation n’est pas toujours une "promenade" Version imprimable Suggérer par mail
mardi 03 juillet 2007

Contrairement à l’exilé, l’expatrié a le désir de découvrir de nouveaux horizons. Mais l’expérience ne va pas toujours sans douleur... Les explications d'Hervine de Kersauson, psychologue française installée à Santiago

Le schéma est bien connu, lorsque l’on change de pays, il faut s’attendre à passer par trois phases : d’abord la lune de miel (découverte, excitation, activités liées à l’arrivée), puis vient le choc culturel (coup de blues, jusqu’à la dépression) et la phase d’intégration (où l’on s’ajuste, enfin, à son nouvel environnement).
Si la première phase ne dure généralement pas plus de quelques mois, la seconde peut durer jusqu'à un an et la troisième parfois plusieurs années. Autant dire que c’est la phase deux qui est la plus critique et qui amène parfois à consulter.
Au niveau symptomatique, cette période sensible se traduit par une baisse de l’estime de soi, un afflux de pessimisme envers le futur, et l’envie de ne rien faire. Parfois,c’est une immense fatigue qui s’abat ou bien des troubles somatiques divers (allergies, douleurs inexplicables…). Chacun s’exprime à "maux" couverts en fonction de son histoire, et de son type de personnalité.

Les enfants aussi
Les enfants, eux, peuvent passer par des moments de régression, voire d’anxiété (retour du pipi au lit, dessins tristes pour les plus petits). A partir de 6 ans, ils peuvent être plus inquiets (troubles du sommeil, parfois hyperactivité), surtout si les parents montrent des difficultés à s’adapter.
L’âge le plus vulnérable est peut-être de 12 à 15 ans, lorsque la séparation avec les amis est vécue  avec le plus d’appréhension. L’adolescent peut alors avoir des attitudes de retrait et de rébellion.
Mais évidemment tout dépend de l’attitude des deux parents face au changement de vie.
Ce sont sans doute les accompagnants d’expatriés, majoritairement des femmes, qui sont les plus vulnérables. L’inactivité professionnelle contribue à un certain isolement social et, surtout quand elle est conjoncturelle, peut apporter un sentiment d’incompétence. Et c’est pire quand on ne parle pas la langue du pays d’accueil.
Mais attention, les dépressions ne s’expliquent pas seulement par l’expatriation. Celle-ci n’est souvent qu’un déclencheur, un révélateur de fragilités préexistantes, de conflits pas réglés. En fait l’expatriation vient buter là où ça faisait déjà un peu mal. 

Que peut-on faire pour prévenir ce genre de troubles ?
D’abord, il faut prendre en compte que lorsqu’il y a expatriation pour un couple, ou une famille, toute l’écologie des relations s’en trouve bouleversée. Une femme très sûre d’elle-même dans sa bonne ville natale d’Antibes, peut tout à coup avoir des comportements immatures à Santiago, privée de ses repères habituels. Les enfants aussi peuvent surprendre, certains s’adapteront, mieux que les autres, contre toute attente. Ainsi, le pataud peut devenir le dégourdi, le sage se transformer en rebelle... C’est pour cela qu’il est important que la cohésion du couple et de la famille soit forte. Il faut communiquer ensemble sur les difficultés rencontrées et ne pas s’enfermer dans le silence, voire dans la honte de ne pas être "enchantée" par la situation, ni même de se sentir "à la hauteur".
En famille, n’oubliez pas que tout ce qui se passe du côté des parents affecte aussi les enfants. Et si les plus petits ont besoin d’être entourés, cajolés et à l’abri des coups de spleen des adultes, à partir de 12 ans n’hésitez pas à partager avec eux vos étonnements et vos petits tracas - en restant optimiste - et à les impliquer dans vos découvertes.
Pour une personne seule, l’adaptation est différente et souvent plus difficile. Elle dépend beaucoup de sa capacité à trouver un réseau de soutien dans le pays d’accueil (par l’université, le travail, etc.).
Les associations jouent aussi un rôle majeur d’accueil, d’information, d’orientation. Elles permettent de se faire des amis, ce qui est toujours un bon soutien.
Mais finalement ces moments difficiles peuvent aussi nous amener à nous interroger sur notre désir d’expatriation. Ce n’est rarement qu’une question de carrière professionnelle. Il y a souvent d’autres enjeux plus secrets, plus inconscients, comme une recherche, ou une fuite de quelque chose de sa propre histoire. Au psychologue d’aider à ce que le voyage, extérieur, devienne intérieur, et de faire du moment de l’expatriation une occasion de changer, de dépasser d’anciennes souffrances, et de mûrir. C’est ainsi que chaque expérience, et celle de changer de pays n’est pas des moindres, nous en apprend un peu plus sur nous-même et par là nous rend plus fort.
Hervine de Kersauson, psychologue clinicienne. (www.lepetitjournal.com -Milan) mardi 3 juillet
(article publiée dans l'édition de Santiago le lundi 18 juin 2007)

 
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