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LIVRES - Survivre au Rwanda Version imprimable Suggérer par mail

Ecrit par Sara Fredaigue, le 22-11-2007 23:02

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Posée et souriante, rien dans les traits d’Esther Mujawayo ne trahit le drame qu’elle a vécu. Rescapée du génocide du Rwanda en 1994, elle a perdu la quasi-totalité de sa famille. Présente au Centre Saint Louis de France lundi pour présenter La Fleur de Stéphanie, elle a accepté de revenir sur son livre témoignage. Rencontre.

LPJ : Dans SurVivantes, vous exposez déjà le drame que vous avez vécu au Rwanda. Comment est né le projet d’écrire ce deuxième livre La Fleur de Stéphanie ?
Esther Mujawayo : A chaque fois que je présentais le livre SurVivantes, on me demandait "Comment les gens cohabitent ? Comment les gens font maintenant ?" Parallèlement à ça, je suis retournée au Rwanda pour rechercher les restes de ma famille, pour savoir où ils avaient été jetés. Je souhaitais pouvoir les enterrer pour pouvoir faire le deuil. Sur les ruines de la maison familiale, les fleurs de ma sœur Stéphanie continuaient à pousser. Je suis donc partie de mon histoire personnelle pour dire qu’il y a quelques chose qui reste quand il ne reste rien. Nous sommes obligés de vivre ensemble. La vie continue malgré tout. Je souhaitais néanmoins apporter mon propre témoignage, mais aussi celui de Tutsis qui, tous les jours, vivent avec les assassins de leur famille.

Esther Mujawayo (Photo : Arnaud Février - Flammarion)

Comment avez-vous choisi les témoignages de cet ouvrage ?
Un peu au hasard des amis rencontrées à Avega, l’association de veuves que j’ai créée après le génocide. Les témoignages les plus marquants pour moi ont été ceux de Mathilde, qui avait voulu s’engager dans les gacaca (tribunaux, Ndlr) et qui n’a pas supporté ; et celui de Joséphine avec ses deux fils. Je retiens le message pragmatique de Joséphine qui pense aux générations futures : "il faut qu’on trouve une fin à ce cycle de violence".
Il faut être très humble par rapport à ces personnes. Leur donner la parole semblait le minimum. J’ai essayé de traduire leur vécu, comment elles réussissent à ne pas devenir folles. Il faut savoir que les hommes et les femmes qui témoignent dans les gacacas sont sous pression, connaissent des intimidations. De plus, il n’est pas facile d’assister à des gacacas en restant stoïque face aux témoignages des assassins ou de ceux qui les ont vus.

Avez-vous voulu faire témoigner les assassins ? Pourquoi ne pas leur avoir donné la parole ?
Je n’aurais pas pu leur donner la parole. Je suis trop partial. Je n’aurais pas pu rester neutre. C’est au-dessus de mes forces. Je ne peux pas travailler avec les bourreaux du Rwanda, c’est trop proche. Jean Hatzel, par contre, a fait un remarquable travail pour réunir le témoignage des tueurs. Dans "La saison des machettes", les tueurs parlent notamment librement de leurs actes.

En écrivant, avez-vous le sentiment d’aider au processus de réconciliation tant appelé de vos vœux dans votre livre ?
Je ne parle jamais de réconciliation. On n’a pas besoin d’être réconciliés pour vivre ensemble. La réconciliation recouvre des situations trop différentes. Avec ceux qui m’ont aidée, je n’ai pas besoin d’être réconciliée. Je veux juste qu’on nous laisse vivre en paix, qu’on ne nous tue plus. Les personnes qui sont sur place réagissent néanmoins différemment. Elles n’y croient pas forcément mais se disent qu’elles n’ont pas le choix. L’espoir tient dans les générations futures qui n’auront pas connu le génocide. Il faut que les générations futures ne vivent pas ce qu’on n’a vécu.
Propos recueillis par Sara FREDAIGUE. (www.lepetitjournal.com - Rome) vendredi 23 novembre 2007

Lundi 26 novembre 2007, au Centre Saint Louis, à Rome, à 18h, présentation du livre "les fleurs de Stéphanie" à l'occasion de sa sortie en italien. Présence des auteurs Esther Mujawayo et Souâd Balhaddad. Conférence en français avec traduction en italien.

La thérapeute rwandaise Esther Mujawayo, dont la quasi totalité de la famille a péri lors du génocide en 1994, témoigne de son expérience des gacaca, nouveau système de tribunaux organisés dans le cadre de la politique de réconciliation nationale, où se confrontent rescapés et tueurs. Elle raconte son face-à-face avec les assassins de sa sœur Stéphanie, dont elle n’a jamais retrouvé le corps.

Bio express :
- Esther Mujawayo
Rescapé du génocide du Rwanda elle a perdu quasi toute sa famille, Esther Mujawayo est co-auteur avec Souâd Belhaddad de deux livres sur le drame du Rwanda, SurVivantes et La fleur de Stéphanie. En juillet 1994, elle a co-fondé une association pour les veuves, 'Avega-Agahozo' qui tente de leur apporter un soutien économique et psychologique. Elle est actuellement psychologue et thérapeute dans un centre psychologique pour réfugiés à Düsseldorf, en Allemagne.

- Souâd Belhaddad
Journaliste, écrivain et chanteuse franco-algérienne, Souâd Belhaddad a co-écrit deux livres avec Esther Mujawayo sur le drame du Rwanda, SurVivantes et La fleur de Stéphanie. Elle est grand reporter et a reçu en 1994, le prix AFJ. Elle est également l’auteur de Algérie, le prix de l’oubli sur le devoir de mémoire suite à la loi d’amnistie en Algérie. Dans Entre deux-je, elle s’interroge sur le problème identitaire des Franco-algériens.


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