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Dans son Dictionnaire amoureux de l’Espagne, Michel Del Castillo passe la péninsule au peigne fin. Al-Andalus, Castille, Goya, Inquisition, Flamenco, Franco… D’une lettre à l’autre, le roman de l’Espagne se déroule.
Le Dictionnaire amoureux de l'Espagne de Michel Del Castillo - Editions Plon
Pour son dernier dictionnaire amoureux dédié à l’Espagne et en librairie depuis peu, Plon a fait appel à Michel Del Castillo. Une belle gageure pour cet écrivain de père français et de mère espagnole qui a toujours entretenu des relations tourmentées avec sa demi-patrie. « Car si tout le monde aime l’Italie » affirme l’auteur, il en va autrement de l’Espagne qui incarne force sang et sentiments poussés jusqu’au paroxysme.
Son égrenage de l’alphabet débute, ça va de soi, par la lettre A. A comme Albañil (maçon), Almacén (boutique), Alcalde (maire), Albaricoque (abricot) pour bien montrer la « contamination » du castillan par l’arabe. L’invasion musulmane est d’ailleurs un thème récurrent de ce dictionnaire amoureux : « Sept siècles de domination ont dessiné les paysages, les villes, changé les mentalités et l’apparence physique des ibériques », ajoute l’auteur.
Tapas passent à l’as
Au B, Del Castillo oppose avec truculence Barcelone/Madrid. La première est « libre inventive et dégagée, la seconde empesée un rien guindée, aimantée par un néo-classicisme monumental ». Franco apparaît comme un général peu intelligent, promoteur d’une banale dictature militaire et cléricale : « Le franquisme avait une odeur de chaussettes sales avec un côté ringard et grotesque». La Tauromachie serait la continuation de l’inquisition avec la mort au rendez-vous. Au P de Picasso, on trouve un conquistador, un passionnel qui dévorait la vie comme un ogre. Pas de Zapatero sous le Z mais la légère Zarzuela ou opérette si populaire en Espagne.
On apprend que la peur bourgeoise du relâchement et le sens du ridicule, qui paralysent souvent le français, n’existent pas ici. Del Castillo fait l’impasse, et c’est dommage, sur l’Espagne contemporaine, Movida post-Movida passent à l’as tout comme les tapas. Il accorde néanmoins quelques pages à Almodovar même si le cinéaste se trouve coincé entre les mots Al-Mansur et Almohades.
Sylvie FORDER. (LPJ) 14 septembre 2005
Dictionnaire amoureux de l’Espagne. Michel Del Castillo. Plon. 22€
Né à Madrid en 1933, Michel Del Castillo publie son premier roman Tanguy en 1957. Lauréat de plusieurs grands prix, il est membre de l’Académie royale de Belgique. |