| Ecrit par Herve HEYRAUD,
le 08-09-2005 22:00
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Entre la Chine et l’Europe, Fuir, le nouveau roman de Jean-Philippe Toussaint, compose une géographie intime et romanesque, ample et précise
Avec une fluidité surprenante, Jean-Philippe Toussaint construit un vaste récit. (Photo : AFP)
Faire l’amour, le précédent roman de Jean Philippe Toussaint se déroulait au Japon. Fuir se passe essentiellement en Chine. Cet ancrage asiatique est certes pour beaucoup dans l’attrait qu’exercent ces deux livres. Pourtant, ils ne jouent pas la carte du récit de voyage ni du documentaire exotique. Mais, le choix de ces pays, où se déroule une part de l’avenir du monde, parle à lui seul de modernité : là où tout va advenir. Le sens du présent passe ainsi par les lieux, tandis que les déplacements géographiques constituent le fil même du récit. À peine arrivé à Shanghai, le narrateur est pris en charge par Zhang Xiangzhi, un homme d’une quarantaine d’année, dont il est difficile de mesurer le degré de bienveillance, mais qui lui fait immédiatement cadeau d’un portable. Le lien sans fil Ce téléphone sonnera, dans un train de nuit qui relie Shanghai à Pékin. Il le reliera aussi à Marie, en Europe, dont le père vient de mourir. Il s’agit alors de rejoindre l’Ile d’Elbe pour assister à l’enterrement. Entre temps, les péripéties romanesques s’accumulent, à base de fuite en moto, de scène de bowling et d’enveloppe pleine de dollars. Avec une fluidité surprenante et une langue beaucoup moins sèche que celle de ses premiers romans, Jean-Philippe Toussaint construit. Il pose des épingles sur les cartes, relie l’intime et le rocambolesque, le moteur et l’abstrait, en jouant des longues distances et des temps simultanés. Il y a ici une belle ampleur sous la fausse simplicité. Jean Marc JACOB. (LPJ) 9 septembre 2005
Fuir, Jean Philippe Toussain, Les Editions de Minuit, 192 pages, 13€ Le site des Editions de Minuit
Également en librairie : Fleutiaux, Donner, Reza Pierrette Fleutiaux écrit divinement bien. On se souvient, par exemple de Des phrases courtes ma chérie, sorti en 2001. C’est donc avec tristesse qu’il faut convenir de l’imperfection de Les amants imparfaits (Actes Sud). Ce roman initiatique et ambitieux manque singulièrement de tonus. Fasciné par des jumeaux qu’il a connus enfant, Raphaël raconte comment il a passé sa vie à tenter de les séduire. La belle écriture ne sauve pas la lenteur du récit : on s’y ennuie à mourir. Chez Christophe Donner en revanche, ça va vite. Son Bang ! Bang ! (Grasset) parle joyeusement de l’air du temps, de la grandeur et décadence de Martine Victoire, une névrotique star de ciné, et surtout de son compagnon de narrateur qui contemple le tout d’un œil goguenard. Le style enlevé, et les observations souvent justes et drôles permettent d’oublier un fond bien maigrichon.
Heureusement donc que Yasmina Reza existe… Elle sort conjointement deux minuscules objets littéraires chez Albin Michel. D’abord Dans la luge d'Arthur Schopenhauer traite par des monologues désespérés, quoique assez drôles, du bonheur vieillissant. Et surtout Nulle part, un ovni de splendides pudeurs. Via des fragments autobiographiques, ou des scènes universelles -comme regarder son enfant partir pour l’école, Reza examine les liens entre la construction identitaire, l’amour maternel et le souvenir. Nulle part est une précieuse petite chose littéraire qui fait de l’enfance un monde bouleversant. (LPJ – 9 septembre 2005)
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